Alternance : Voici enfin le plan détaillé de l’après Biya

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    Économiste et informaticien de formation, Chrétien Tabetsing reste très attentif quant à l’avenir politique du Cameroun et surtout prêt à apporter sa modeste contribution. Dans un entretien exclusif accordé à l’Agence Digitale d’Informations Africaines (ADIA), l’ancien-militant de première heure du Social Democratic Front (SDF) pense que si une certaine Diaspora s’est définitivement liguée contre le régime de Yaoundé,au point de vandaliser les ambassades ;c’est parce que :« notre diaspora dans son immense majorité ne se reconnaît pas dans la gouvernance de notre pays et cela dure depuis trop longtemps ».Interview à lire en intégralité.

    Monsieur Chretien Tabetsing, vous êtes économiste et informaticien de formation, « Culturellement de gauche ». Aujourd’hui aux côtés d’Akere Muna en tant que trésorier général de la « Plateforme pour la Nouvelle République ». Si je ne me trompe pas, vous êtes membre fondateur du Social Démocratic Front où vous avez défié John Fru Ndi en 1999. Aujourd’hui, quelle analyse faites-vous des orientations de ce parti après les résultats des dernières consultations électorales au Cameroun ?

    CT : Oui en effet, je suis économiste et informaticien de formation et culturellement de gauche car j’ai fait l’essentiel de ma formation politique au Parti Socialiste Français. Dans le cadre de la dernière élection présidentielle d’octobre 2018, j’étais aux côtés de Akere Muna qui avait lancé une Plateforme pour une Nouvelle République et dont j’en était l’un des responsables effectivement. Mais, il ne vous a pas échappé que Akere Muna s’est rallié à Mr Kamto dès lors que ce dernier avait accepté le principe du retour au Fédéralisme. La suite vous la connaissez. J’ai adhéré au SDF quelques mois après sa légalisation conformément aux lois de décembre 1990.

    Certes, je n’étais pas présent lors de la première réunion constitutive des founding fathers, mais j’y étais lors du premier congrès d’avril 1992 du SDF légalisé et j’ai été élu au Bureau Exécutif comme Vice-Président de la Commission Affaires Economiques et Financières. Malheureusement j’avais prédit ce qui est advenu dans l’opposition et par conséquent l’hypothèque d’une alternance pacifique avec le SDF comme chef de file de l’opposition. J’estimais déjà que le leadership du SDF n’était pas en capacité de conduire l’opposition à la victoire face au régime rdpc dont il était devenu juste une caution de démocratie et qu’il fallait un autre leadership. Aujourd’hui il est clair que c’est le MRC qui pourrait jouer ce rôle. Malheureusement pour notre pays, le temps m’a largement donné raison. Sinon, le SDF malgré les très mauvais résultats lors des dernières consultations, reste un grand parti avec des militants très sérieux, un parti avec lequel on pourrait faire encore de grandes choses dans l’opposition pour notre pays si le nouveau leadership ne persiste pas dans les mêmes erreurs.

    Dans une interview accordée à nos confrères du quotidien « Mutations » en 2011, vous déclariez que : « Le drame au Cameroun, c’est que l’opposition ne se bat plus pour gagner les élections. En fait, chacun se bat pour des intérêts personnels. Dans ce cas, il ne peut y avoir de réelle démocratie. En ce qui concerne le Rdpc, son avenir en tant que parti de propositions vous paraissait totalement hypothéqué, car après plus de 30 ans, il n’y a plus rien à attendre de ce parti aux vues des voix qui s’élèvent déjà en son sein pour un changement. Vous avez pris des distances vis-à-vis du militantisme partisan et de l’Afp, en particulier. Car pour vous, il faudra reconstruire l’opposition au Cameroun pour renverser le rapport des forces qui est trop à l’avantage du Rdpc qui maîtrise toute la technostructure électorale ». Neuf ans plus tard, entend qu’observateur averti de la scène politique camerounaise, quel regard portez-vous sur les partis politiques de l’opposition au Cameroun et leurs leaders tels que : le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC)du Professeur Maurice Kamto , le PCRN de l’honorable Cabral Libih et votre « Plateforme pour la Nouvelle République »?

    CT : Je maintiens avec force mes propos de 2011. J’aurai bien voulu avoir tort mais hélas. Pour le moment, le MRC est résolument dans l’opposition, un peu comme le SDF au début. Le MRC, n’en déplaise à certains analystes politiques est devenu un grand parti populaire et il me semble encore plus depuis l’élection présidentielle de 2018 et les dernières consultations. Si le leadership tire toutes les leçons de l’échec du SDF, alors il (MRC) pourrait jouer un grand rôle dans la coalition de la vraie opposition pour faire basculer le régime rdpc et assurer l’alternance tant attendu par les Camerounais. Déjà le MRC est sur la bonne voie avec Agir de Christian Penda Ekoka et d’autres partis. Le MRC devrait aller encore plus loin en cassant l’armure. En ce qui concerne le PCRN de l’Honorable Cabral Libih, il me semble, au vu de ses activités et prises de position, que le parti a atteint ses objectifs pour le moment et s’accommode de la situation qui leur convient à merveille. Ce parti à mon avis, ne se situe pas résolument dans l’opposition, ce qui n’est pas une critique de ma part. Pour ce qui est de notre plateforme, elle était circonstancielle, c’est-à-dire pour l’élection présidentielle de 2018. Chacun a repris son autonomie ou sa liberté après l’élection bien sûr.

    De manière générale, comment appréciez-vous la nouvelle posture du Professeur Maurice Kamto après son boycotte des législatives ?
    CT : A mon avis, ce fut une grande décision politique. Il fallait le faire. Chapeau l’artiste. Pour votre information, j’étais contre le boycott des législatives de mars 1992. Mais cette fois-ci, le contexte est totalement différent. Il fallait le faire, surtout pour nos compatriotes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

    Vous avez été le premier à challenger Ni John Fru Ndi au Sdf. Etes-vous aujourd’hui prêts à entrer au RDPC et à challenger Paul Biya au sommet du parti et de l’Etat ?
    CT : Je constate que vous ne m’aimez pas beaucoup (rire) ? Non, en fait, je ne suis plus dans le militantisme partisan. Mais je reste très préoccupé par l’avenir du pays et des Camerounais. Et puis, honnêtement pour moi le rdpc n’est pas un parti.

    Le Cameroun, s’apprête à célébrer sans tambour ni trompette, cette année (20 mai 2020), le 48ième anniversaire qui marque la fin du système fédéral alors en place et qui a donné naissance à la République unie du Cameroun. Les cérémonies habituelles sous la direction du président Paul Biya, avec notamment une parade militaire n’auront pas lieu. La commémoration de la date du 20 mai 1972 intervient dans un contexte socio-politique tendu, notamment par le conflit armé qui sévit dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, les deux régions anglophones sur les dix que compte le pays ; ajouté à la propagation du COVID-19. Par ailleurs, le Conseil des Camerounais de la Diaspora projette « Un grand soulèvement populaire dans les rues des villes et villages de toutes les dix régions du Cameroun le 20 mai 2020 à 10h ». Aux vues de tous ces clichés, pensez-vous que l’unité nationale est encore à célébrer au Cameroun ?

    CT : Oui, il est très important de célébrer l’unité nationale, mais la vraie et non la fausse telle que cela s’est toujours faite depuis quarante-huit ans. En effet, l’unité nationale dans son format actuel est un échec retentissant et pour preuve le conflit armé qui sévit dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Oui, en effet, La crise dans nos régions du nord-ouest et du sud-ouest, crise dite anglophone est la preuve même de l’échec de la construction de la nation camerounaise et nous savons tous les causes.

    Face à la crise anglophone qui perdure. Quelles solutions préconisez-vous pour un retour rapide et définitif à la paix ?
    CT : La crise anglophone qui est structurelle, constitue la crise politique la plus importante au Cameroun depuis les indépendances car elle remet en cause l’intégrité territoriale de notre pays et par conséquent l’unité nationale. Ce qui est inacceptable. La crise post-électorale qui est conjoncturelle et la pandémie du covid-19 déstabilisent aussi tout le corps politique, social et économique de notre pays. Elles amplifient de facto la crise anglophone avec toutes ses conséquences. Alors, comment comprendre qu’il n’y ait pas un véritable et sincère dialogue inclusif avec la présence des leaders représentatifs et légitimes de ces deux crises ? Nos dirigeants doivent faire très attention car les sécessionnistes radicaux sont très actifs au niveau national et international. En tout état de cause, mes solutions se résument en souhait d’un DIALOGUE NATIONAL INCLUSIF POUR BÂTIR UNE NOUVELLE REPUBLIQUE ET RESTAURER LA PAIX ET LE DEVELOPPEMENT DANS LE PAYS.
    Pour cela il faut des conditions préalables :
    • Décréter une suspension temporaire des opérations militaires offensives dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest
    • Arrêter les poursuites et libérer tous les prévenus incarcérés dans le cadre de la crise Anglophone et de la crise post-électorale d’octobre 2018.
    • Décréter une amnistie générale au profit des leaders anglophones récemment condamnés.
    Pourquoi, à votre avis, une certaine Diaspora s’est définitivement liguée contre le régime de Yaoundé ; au point de vandaliser les ambassades ?
    CT : Bien sûr qu’il faut condamner tous les actes de vandalisme occasionnés dans nos ambassades.Cependant, il faut reconnaître que notre diaspora dans son immense majorité ne se reconnaît pas dans la gouvernance de notre pays et cela dure depuis trop longtemps.
    Cette diaspora souhaite, comme dans d’autres pays, prendre toute sa place dans la gestion des affaires du pays en y apportant toute son expertise.

    Entend qu’économiste, quelles sont vos propositions concernant les politiques de création d’emploi à destination des jeunes et des populations rurales au Cameroun ?
    CT : Un nouveau modèle de développement économique à croissance inclusive.Rétablir les conditions-cadres de vibrance économique où, notamment, l’entreprenariat de masse, jeune pour l’essentiel, pourra se conjuguer avec une prospérité de masse (jeunes et populations rurales), est donc un impératif.
    Ainsi, plutôt qu’un schéma d’actions horizontal qui privilégie une relance économique par des leviers sectoriels (e.g. mono-secteur | Agriculture ; multi-secteurs | Agriculture et Construction), je préconise une reprogrammation de l’outil économique par une approche transformationnelle mixte et transversale, par laquelle un ensemble de transmutations structurelles définissent préalablement un environnement de vibrance économique porteur et durable, complétées par des réformes d’impulsion étant, elles, sectorielles et budgétaires.

    Comment envisagez-vous votre avenir politique ?
    CT : Mes motivations actuelles sont multiples et surtout pas politiques: apporter mon savoir-faire aux jeunes et surtout créer des emplois stables pour les jeunes. Cependant, je reste très attentif quant à l’avenir politique de mon pays et surtout prêt à apporter ma modeste contribution.

    Comment entrevoyez-vous le Cameroun après Paul Biya ?
    CT : Je fonde beaucoup d’espoir pour le Cameroun après Biya car nous avons une jeunesse pétrie de talents et qui attend impatiemment un nouveau régime avec une nouvelle gouvernance.

    source: https://www.cameroonweb.com/

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