Désireux de contrer la concurrence chinoise, Veolia tente de mettre la main sur Suez

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    Par

    Nicolas Stiel

    le 31.08.2020 à 16h52

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    Le PDG de Veolia Antoine Frérot en a rêvé et il va peut-être le faire. Mettre la main sur son concurrent historique Suez. Ce qui lui permettrait d’être l’incontestable numéro un des services collectifs. Pour Suez, l’offre de Véolia, « non sollicitée »est « porteuse de grandes incertitudes ». 

    Veolia a annoncé avoir remis à Engie une offre ferme à 2,9 milliards d’euros en vue de lui racheter la quasi totalité de sa participation dans son concurrent Suez. 

    « C’est une opportunité historique qui va dans le sens de l’histoire. Nous créons le groupe pour le monde d’après. » Lundi 31 août, en conférence téléphonique, Antoine Frérot avait des accents lyriques dans la voix. La veille, le PDG de Veolia tentait le plus gros coup de sa carrière en lançant une offre à 2,9 milliards d’euros pour acquérir 29,9% de son concurrent français Suez. Le prix proposé -15,5 euros l’action- présente une prime de 49% par rapport au cours moyen de Suez de ces trois derniers mois. Si la transaction obtient l’aval des autorités de la concurrence, le géant des services collectifs déposera ensuite une offre publique d’achat pour le reste des titres. L’acquisition de l’ensemble du groupe est estimée à 10 milliards d’euros. Le deal pourrait prendre entre 12 et 18 mois.

    Racheter Suez pour créer un champion mondial de l’eau, des déchets et des services à l’énergie, les dirigeants de Veolia en rêvent depuis des années. Le prédécesseur d’Antoine Frérot, Henri Proglio, avait tenté de le faire en 2006 épaulé par l’Italien Enel. Il n’a pas réussi car le patron de Suez de l’époque, Gérard Mestrallet, avait résisté. Cette opération structurante, Antoine Frérot l’a toujours gardée dans un coin de sa tête. Mais comme l’actionnaire de référence de Suez, Engie, bloquait, il s’était progressivement fait une raison. « Dans notre plan, il n’y a pas de rapprochement avec Suez, disait-il fin février, à l’occasion de la présentation de sa nouvelle stratégie Impact 2023. Depuis huit ans, tout le chemin effectué, nous l’avons fait avec nos seules forces. Nous n’avons besoin de personne. »

    Antoine Frérot est revenu à sa marotte car la situation d’Engie a évolué. Lors de la présentation des résultats semestriels le 31 juillet, l’ex GDF Suez indiquait vouloir doubler le montant de ses cessions d’actifs à 8 milliards d’euros afin d’accélérer ses investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures gazières. Concernant la participation dans Suez, « tout est ouvert », déclarait le président d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu. Cette petite phrase a tout changé. Conseillé par les banques d’affaires Messier Maris et Perella Weinberg, Antoine Frérot a travaillé tout l’été pour peaufiner son offre, « un projet amical, inclusif et qui a la force de l’évidence. » Le secret a été bien gardé. Jeudi 27 août, à l’hippodrome de Longchamp, le patron de Veolia participait aux Rencontres du Medef. A la tribune, il était assis à côté de Jean-Pierre Clamadieu… Mais rien n’a filtré. Ce n’est que trois jours plus tard, dimanche 30 août, qu’Antoine Frérot met son homologue dans la confidence. Et prévient aussi Bercy. « L’Etat, en qualité d’actionnaire de référence d’Engie, arrêtera sa position en fonction des intérêts patrimoniaux d’Engie, de la qualité du projet industriel, d’un maintien d’une pluralité d’acteurs sur les services aux collectivités locales et de la prise en compte des intérêts de toutes les parties prenantes », a indiqué Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie. Le directeur général de Suez, Bertrand Camus, n’a en revanche pas été mis dans la confidence. Pour lui, l’offre de Véolia,  « non sollicitée » est « porteuse de grandes incertitudes »

    L’opération Veolia-Suez « se fera sans effets négatifs sur l’emploi », assure Antoine Frérot. Le deal présente toutefois un point sensible, la France. Dans le domaine de l’eau, les deux entreprises sont en forte concurrence. Mais Veolia qui a décidément tout prévu a trouvé un repreneur pour cette division de Suez. Il s’agit de Meridiam, une entreprise française de gestion d’infrastructures (transports, télécoms, immobilier, énergie). Dans le secteur de la propreté, la concurrence est moins flagrante. Mais certaines cessions seront aussi à prévoir. A l’étranger la situation est plus simple. Les deux groupes offrent des profils plutôt complémentaires. Veolia est bien implanté en Europe centrale et au Royaume-Uni tandis que Suez est mieux placé en Europe du nord et en Espagne. Aux Etats-Unis, Veolia est fort dans les déchets, Suez dans l’eau.

    Antoine Frérot compare l’opération Veolia-Suez aux rapprochements franco-français de ces dernières années : Total-Elf, Sanofi-Aventis, Peugeot-Citroën. Le moment ne peut être mieux choisi, dit-il. « Il y a la Covid, les gouvernements lancent des plans de relance dont le principal volet consiste à apporter des solutions pour réduire la crise environnementale. Jamais les préoccupations autour de la transition écologique n’ont été aussi fortes. La qualité de l’air est un enjeu crucial, il faut recycler les déchets, les plastiques, les polystyrènes. Il y a plein de nouvelles choses à inventer. Aujourd’hui, la taille fait la force ». L’eau, les déchets et les services à l’énergie sont devenus des enjeux stratégiques. Le secteur qui est très émietté est désormais dans le radar des fonds activistes. Amber est entré dans le capital de Suez, EQT, le fonds d’investissement suédois de la famille Wallenberg, dans celui de la Saur. L’autre menace vient de la Chine. Pékin a procédé à la consolidation du secteur. Le pays compte maintenant cinq grands acteurs dont un géant Beijing Group. Une fois les cessions réalisées, Véolia (179.000 employés) et Suez (89.000) généreront un chiffre d’affaires d’environ 40 milliards d’euros. Le nouvel ensemble sera l’incontestable numéro un mondial des services collectifs avec… 5% du marché.

    La balle est maintenant dans le camp d’Engie. L’énergéticien a un mois pour répondre à l’offre de Véolia. « Pour eux, c’est une bonne opportunité », estime Xavier Regnard, analyste chez Bryan Garnier. Pour les clients de Veolia et de Suez, c’est peut-être une autre histoire. « Les élus français veulent-ils avoir en face d’eux un seul acteur, s’interroge un expert du secteur.  Dans les services collectifs, la France avait deux champions. Si le deal Veolia-Suez se fait, elle n’en aura plus qu’un. Cette opération pourrait stimuler la concurrence. »

    « C’est une opportunité historique qui va dans le sens de l’histoire. Nous créons le groupe pour le monde d’après. » Lundi 31 août, en conférence téléphonique, Antoine Frérot avait des accents lyriques dans la voix. La veille, le PDG de Veolia tentait le plus gros coup de sa carrière en lançant une offre à 2,9 milliards d’euros pour acquérir 29,9% de son concurrent français Suez. Le prix proposé -15,5 euros l’action- présente une prime de 49% par rapport au cours moyen de Suez de ces trois derniers mois. Si la transaction obtient l’aval des autorités de la concurrence, le géant des services collectifs déposera ensuite une offre publique d’achat pour le reste des titres. L’acquisition de l’ensemble du groupe est estimée à 10 milliards d’euros. Le deal pourrait prendre entre 12 et 18 mois.

    Racheter Suez pour créer un champion mondial de l’eau, des déchets et des services à l’énergie, les dirigeants de Veolia en rêvent depuis des années. Le prédécesseur d’Antoine Frérot, Henri Proglio, avait tenté de le faire en 2006 épaulé par l’Italien Enel. Il n’a pas réussi car le patron de Suez de l’époque, Gérard Mestrallet, avait résisté. Cette opération structurante, Antoine Frérot l’a toujours gardée dans un coin de sa tête. Mais comme l’actionnaire de référence de Suez, Engie, bloquait, il s’était progressivement fait une raison. « Dans notre plan, il n’y a pas de rapprochement avec Suez, disait-il fin février, à l’occasion de la présentation de sa nouvelle stratégie Impact 2023. Depuis huit ans, tout le chemin effectué, nous l’avons fait avec nos seules forces. Nous n’avons besoin de personne. »

    Antoine Frérot est revenu à sa marotte car la situation d’Engie a évolué. Lors de la présentation des résultats semestriels le 31 juillet, l’ex GDF Suez indiquait vouloir doubler le montant de ses cessions d’actifs à 8 milliards d’euros afin d’accélérer ses investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures gazières. Concernant la participation dans Suez, « tout est ouvert », déclarait le président d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu. Cette petite phrase a tout changé. Conseillé par les banques d’affaires Messier Maris et Perella Weinberg, Antoine Frérot a travaillé tout l’été pour peaufiner son offre, « un projet amical, inclusif et qui a la force de l’évidence. » Le secret a été bien gardé. Jeudi 27 août, à

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    SOURCE: https://www.w24news.com

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