Essai de la Citroën Ami 100 % électrique : sans permis à prix d’ami

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    Lorsque l’on n’a pas ou plus accès à son permis de conduire, on a le choix entre le deux-roues 50 cc instable, moins sûr et exposé aux intempéries ou la voiture sans permis aux tarifs prohibitifs. La Citroën Ami arrive sur le marché de ces dernières avec une proposition tout électrique, de conception maline à des prix plus abordables. La limite est toujours de 45 km/h, accessible dès 14 ans et elle se recharge en 3 heures sur une prise domestique pour 70 km d’autonomie environ. Un essai dans les rues de Paris qui a fait tourner plus d’une tête. Autant d’amis potentiels ?

    Un lien solide lie cette surprenante voiturette à l’histoire de Citroën, celui d’une tradition visant à casser les codes comme l’ont fait avant elle les Traction, 2 CV, DS ou Méhari. Comme cette dernière, elle se dote d’un enrobage en plastique, pas pour affronter le sable et l’eau salée mais cette fois surtout pour abaisser les coûts et mieux encaisser les coups. Une ultra-urbaine pas chère reprenant un autre patronyme célèbre de l’historique des Chevrons : Ami. Néanmoins, mis à part son nom, il n’y a plus rien en commun avec l’AMI 6 (Automobile de MIlieu de gamme 600 cm3) sortie en 1961 avec sa lunette arrière parallèle au pare-brise et sa taille contenue sous les quatre mètres.

    En 2020, l’Ami s’inscrit au rang de « low-cost », embarque un moteur électrique de 6 kW (8,2 ch) et une batterie de 5,5 kWh (70 kg et 75 km d’autonomie annoncée) pour une longueur totale de 2,41 mètres, soit neuf centimètres de moins que la première Smart Fortwo. Comme avec la micro-citadine allemande, seuls deux amis pourront prendre place dans cette Ami à la dénomination qui n’inspire aujourd’hui qu’originalité au concept soigneusement étudié. Le code, elle ne se contente pas de le casser, elle n’oblige carrément pas à le passer. Avec une vitesse maxi limitée à 45 km/h, il s’agit techniquement d’un quadricycle léger, bref, d’une voiture sans permis venant concurrencer des spécialistes du genre, proposant des modèles dépassant pour la plupart allègrement la barre des 10 000 €, parfois électriques, le plus souvent diesels. L’Ami démarre, sur le papier, à 6 000 €.

    Objet roulant non identifié (mais en passe de l’être), la Citroën Ami a cette particularité d’adopter un profil symétrique. Plus que son profil, sa face est identique à sa poupe, comme si deux Ami se tournaient le dos. La firme française a donc distingué l’avant de l’arrière par une lunette arrière intégrée à un cadre en plastique en guise de déflecteur et n’a préféré pas trop pousser le vice en choisissant des verres rouges pour les feux alors qu’ils sont logiquement incolores à l’avant. Comme une rame de métro, elle pourrait donc presque aller et venir sans se retourner. Elle aurait même des airs de navette autonome façon Navya miniature. Un style semblant en définitive assez expérimental alors qu’il est le fruit d’économies reposant sur le principe du double emploi. Les pare-chocs peuvent être montés indistinctement à l’avant comme à l’arrière. Faits de plastique, ils se déforment lorsqu’on appuie dessus avec le doigt. Idem pour les portes. Celle de droite peut être montée à gauche, grâce à des charnières inversées entre les deux côtés. Le conducteur accèdera à l’habitacle de la même manière qu’avec une Rolls-Royce (toute proportion gardée), le passager n’aura pas ce privilège.

    L’habitacle n’affiche pas ce mimétisme mais conserve l’esprit plastique du sol au plafond. Les sièges ne sont pas réglables (seul le conducteur peut faire coulisser le sien en longueur). Le mécanisme des pédales et de la direction est bien visible, la planche de bord est réduite à sa plus simple expression pour permettre la fixation d’un téléphone et supporter un port USB et trois boutons (désembuage/chauffage, ventilation et feux de détresse). La touche « techno » est assurée par un compteur numérique monochrome indiquant la vitesse, l’autonomie, une jauge à électricité et le kilométrage total. Pour le reste, c’est une structure tubulaire apparente assurant la rigidité de l’auto et de larges surfaces vitrées tout autour des occupants et sur la moitié du toit. Oui, un toit « pano » (fixe) de série s’il vous plaît.

    Heureux sera l’ami invité à rouler côté passager avec tout l’espace disponible à l’intérieur. Il faudra le choisir avec soin car tous les autres devront passer leur tour. Deux places en tout ou un grand volume de chargement pour un conducteur seul. Pour deux et des bagages, il faudra jouer des nombreux rangements à bord. À condition de ne pas oublier d’équiper son Ami du pack « My Ami » (ils sont très « U.S. east coast » chez Citroën). Car, en plus de l’emplacement de 63 litres face au passager sous le tableau de bord pour une valise cabine, de la belle surface au sol pour en caser quelques autres et du renfoncement derrière les sièges pour y glisser ses vestes et autres objets souples, ce pack d’accessoires ajoute des filets aux contre-portes créant deux vastes paniers, un crochet fixé sur le tableau de bord pour y suspendre un sac supplémentaire et des vide-poches tout au long de la base du pare-brise. Autant d’éléments (à installer soi-même) apportant une touche de couleur (orange, bleu, gris ou vert kaki au choix), assortis à des stickers à l’extérieur, au niveau des bas de caisse et des custodes latérales arrière. Un pack facturé 400 € qui est aussi l’occasion d’habiller les tristes jantes 14″ en acier noir de la finition de base « Ami Ami » par des enjoliveurs à cinq pétales aux contours de la même teinte que les autocollants. Une pince pour téléphone et un émetteur à brancher sur la prise diagnostic pour communiquer avec son Ami et obtenir plus d’informations sur son utilisation complète le carton d’accessoires.

    L’Ami minimum pour bien faire sera donc facturée 6 400 € (tarif incluant le bonus de 900 € de l’État). C’est d’ailleurs ainsi que la plupart de ceux qui l’ont déjà achetée l’ont choisie (56 % des ventes). Au dessus, pour 500 € de plus, le pack « My Ami Pop » se la joue sportive avec un spoiler à l’arrière, un numéro sur les flancs, un masque noir reliant les clignotants et des inserts noirs au centre des boucliers et autour des feux arrière. Quant au pack « My Ami Vibe », encore 460 € plus onéreux, il remplace les numéros et le spoiler par des barres de toit et un graphisme façon carte d’exploration sur toute la hauteur des portes ainsi que l’ajout de passages de roues façon baroudeur.

    Avec un tel décalage dans la production automobile actuelle, la Citroën Ami doit pouvoir proposer une expérience de conduite à part. Dans un sens, c’est bien le cas. Mélange d’une proposition bien dans son temps et d’éléments plus rustiques, d’une autre époque. Et cela commence dès l’ouverture. Une clé sert à déverrouiller la porte, une autre à mettre le contact. Un appui sur la serrure fait office de poignée quand c’est une sangle qui s’en charge à l’intérieur. Les portières n’ont d’ailleurs pas de crans d’arrêts et ont du mal à se maintenir ouvertes. Associées aux vitres à ouvertures battantes vers le haut, lorsque la porte se claque, le rabat en verre l’imite et retombe s’il était relevé. Presque comique…

    Une fois installé, il suffit de choisir sa distance avec le volant et les pédales sur le siège coulissant et de régler les deux petits rétroviseurs ronds à la main, en passant le bras par la fenêtre et en prenant garde à ce que celle-ci puisse se refermer sans cogner sur le rétroviseur (et potentiellement le dérégler). Une position de conduite sommairement personnalisable avec des inserts en mousse relativement fermes sur les sièges (assise, dossier, appui-tête) pour assurer un confort acceptable. Le trou au milieu du dossier et le repose-tête manquant de hauteur finissent tout de même par légèrement déranger sur les bords après plusieurs dizaines de minutes de conduite. Un ressenti accentué par un châssis très rigide qui secoue pas mal. Au moins, la tenue de route rassure et le sentiment de sécurité est présent, pied au plancher, jusqu’à 45 km/h.

    Assis sur les roues arrière, le pare-brise et le bout du « capot » paraissent lointains, très lointains. On a l’étrange impression de rouler depuis les places arrière avec un tunnel vitré face à nous, offrant une excellente vision panoramique vers l’avant. Il suffit de tourner la tête pour avoir le reste de l’image à 360 degrés. Un mouvement obligatoire et indispensable ici car la rétrovision souffre cruellement de l’absence de rétroviseur intérieur et de la taille de ceux placés à l’extérieur, très en avant par conséquent. Les angles morts sont importants et les véhicules non limités en vitesse peuvent arriver sur nous d’un coup, nous laissant penser qu’il n’y a toujours personne. Chaque changement de direction, même minime, nécessite alors un contrôle direct préventif.

    Le bruit aussi est présent. L’Ami se veut électrique mais pas silencieuse. Le puissant sifflement du moteur ne peut se faire oublier, quant à la ventilation non réglable (soit éteinte, soit à fond), elle couvre joyeusement le tout. D’autant que sans climatisation et avec toutes ces surfaces vitrées, la chaleur doit sûrement se faire pesante au plus chaud de l’été. On évite cependant les vibrations et le bruit peu engageant des voiturettes sans permis thermiques. Ce qui est au final plutôt positif, à l’arrêt notamment. De l’extérieur, les piétons ne nous entendent en revanche pas nous approcher et il faut rester vigilant. Pourtant, on se fait remarquer au volant de notre Ami. Au feu rouge avec les autres automobilistes et motards, les passants sur le trottoir, les clients des bars et cafés, les têtes se tournent et se retournent, souvent avec le sourire. On se croirait aux commandes d’une supercar.

    Le frein régénératif va jusqu’à arrêter l’Ami et une succession de bips sonores pas trop méchants se manifestent si l’on n’appuie pas sur le frein après quelques secondes une fois stoppé. La conduite peut alors se réaliser sur une seule pédale et demande d’appuyer généreusement sur l’accélérateur pour s’élancer correctement. Un appui à 100 % octroie suffisamment de puissance pour une bonne mise en vitesse avec un soupçon de patinage des roues avant. Une vigueur éphémère puisque le 0 à 45 km/h demande dix bonnes secondes, en rapport avec la puissance du moteur.

    Les manoeuvres sont troublées par la réaction de la pédale d’accélérateur et sa grande amplitude  avant une amorce de mouvement ainsi que par notre position très reculée dans l’habitacle. Le sélecteur de marche avant/arrière à gauche du siège est contre-intuitif et demande d’y jeter un œil avant chaque changement. On fera en sorte de profiter du petit gabarit de l’Ami pour ne pas trop manoeuvrer.

    Aucune assistance ne peut aider le conducteur. Avec 490 kg à emmener et des performances modestes, cela ne gêne en rien la conduite. Les phases de freinage ne seront pas forcément toujours des plus régulières et la direction manque beaucoup de précision, mais ça freine et ça tourne, là se trouve l’essentiel. Il faudra tâcher d’accompagner le volant à la remise en ligne car il ne le fait pas spontanément et de ne pas omettre de désenclencher son clignotant manuellement. Le diamètre de braquage de 7,2 mètres enchante, c’est presque aussi bien que la Smart Fortwo III. Celle-ci ne fait pas aussi fort côté capital sympathie.

    Pour s’offrir les services de son Ami, trois solutions : se rendre dans un centre d’essai dédié ou dans certains points de vente Citroën, passer par un magasin Fnac ou Darty ou bien aller directement sur le site internet pour passer commande. Dans tous les cas, que ce soit vous ou un conseiller qui effectuez la manipulation, votre Ami sera forcément commandée en ligne au moyen du site internet. La livraison s’effectuera dans un point de vente sélectionné ou à l’adresse de votre choix. Dans un cas comme dans l’autre, la livraison vous sera facturée respectivement 100 € et 200 €.

    Ce qui nous ramène à la question du prix. Le tarif de 6 000 € avec le bonus de 900 € compris, est un chiffre arrondi de 100 €, et régulièrement 200 € puisque sur les 1 000 premières commandes, deux-tiers des clients ont opté pour la livraison à domicile. Avec le pack « My Ami » de rigueur, il faut donc compter 6 500 € en premier prix pour un véhicule sympa et à l’espace optimisé côté rangements.

    Mais une autre formule apparaît plus tentante encore à première vue : la location longue durée (LLD) à partir de 19,99 €/mois pendant quatre ans après un premier loyer de 2 641 € (bonus déduit), soit 3 580,53 € au total. Intéressant si l’on envisage de s’assurer en tous risques quelle que soit la formule choisie. En effet, ce montant n’est pas le montant définitif demandé.

    Car, premièrement, la livraison est là encore à ajouter aux mensualités, soit 22,30 €/mois minimum. Et deuxièmement, il est obligatoire de souscrire à une assurance tous risques pour bénéficier de la formule LLD quand le paiement comptant (ou à crédit) autorise l’assurance au tiers, bien moins coûteuse.

    À titre d’exemple, le premier prix de PSA Assurance en couverture tous risques avec un bonus 0,50 pour la Citroën Ami, démarre à 33,99 €/mois. Partant du principe que l’utilisateur de l’Ami ne possède pas nécessairement le permis de conduire, Il faudra donc qu’il puisse compter sur un bon ami bénéficiant d’un bonus de 50 % sur son assurance auto et acceptant d’être désigné conducteur principal. Dans ce cas idéal, le montant final après quatre ans de location monte à 5 320,62 € sans possibilité de revente puisqu’elle ne lui appartient pas. Avec le pack « My Ami », le prix passe à 5 720,62 €.

    Mais sans le bonus 0,50… la note peut vite grimper et approcher dangereusement des 6 000 € et 6 500 € demandés selon la finition en paiement comptant. Ne pas avoir à se soucier de la revente (si envisagée) se paye donc cher avec l’Ami. La question de l’assurance est à placer dans la balance.

    Trois quarts des premiers clients ont par ailleurs préféré l’achat cash. À leur différence, pour ne pas s’engager, il est également possible de la louer à Paris au travers de l’offre d’autopartage Free2Move de PSA. Une minute coûte 0,39 € sans abonnement et 0,26 € avec un abonnement de 9,90 €/mois.

    Au-delà de cette comparaison de formules entre l’achat et la location, la Citroën Ami se montre fort avantageuse face à sa concurrence directe des voitures sans permis. Notamment pour son assurance d’accéder aux centre-villes grâce à son fonctionnement électrique (qui se développe également parmi les rivales). Tellement avantageuse que son tarif situé entre 6 000 € et 7 000 € pour les plus attractives pousse à la comparer à des engins bien différents : les scooters 50 cc ou équivalents électriques. Moins chers : entre 1 400 € et 3 000 € environ pour les thermiques, ils revendiquent de bien plus grandes autonomies et surtout une capacité à éviter les embouteillages et à se garer plus facilement. Ils visent une clientèle jeune.

    Avec ses quatre roues et sa carrosserie fermée, l’Ami vise plus large et apporte stabilité et sécurité aux jeunes de 14 ans et plus, sans permis (mais avec le BSR), comme à ceux qui ne se voient pas tenir l’équilibre sur un scooter. L’Ami offre aussi un plus grand espace de chargement et n’impose pas d’équipements de protection (a minima casque et gants sur un deux-roues) pour le conducteur ou un passager imprévu qui en serait dépourvu. La fourchette d’âge et la cible potentielle s’accroît. De même, dans les villages isolés en campagne, une Ami permettant de parcourir une dizaine de kilomètres jusqu’à l’agglomération la plus proche rendrait de nombreux services. Toute la polyvalence qu’elle perd par son encombrement comparable à une petite voiture, elle la regagne par ses atouts sécuritaires et d’accessibilité auprès de tous ceux qui ont besoin d’une voiture mais qui n’ont jamais pu obtenir ou qui n’ont plus le permis de conduire. Pour un prix déjà plus digeste.

    Alors forcément, il y a des défauts, des petits manquements au confort. Impossible par exemple de verrouiller les portes depuis l’intérieur. Pour protéger ses effets personnels pendant la conduite, il faudra penser à fermer la porte passager depuis l’extérieur avant de démarrer. Un rétroviseur intérieur serait pour sa part franchement bienvenu. Le câble de recharge soudé à l’Ami, qui se plie dans un petit compartiment dans la tranche de l’aile arrière droite, ne peut que se brancher à des prises domestiques 220V pour une recharge en trois heures. L’accès aux bornes de recharge publiques nécessite d’investir dans un adaptateur en accessoire sans pour autant améliorer le temps de charge. Les habitants d’un immeuble non équipés d’une wallbox pour un autre véhicule, n’investiront quant à eux probablement pas dans ce type d’installation pour une Ami, ce qui complique grandement son usage, les 75 km d’autonomie impliquant de se brancher régulièrement. Une autonomie annoncée qui devrait se situer aux alentours des 65-70 km en réalité au regard de notre parcours de 15 km durant lequel le niveau est descendu de 17 km.

    L’Ami préfère le plus souvent loger en maison individuelle. Si c’est votre cas et qu’il vous manque le carton rose, la somme à débourser n’est certes pas négligeable mais difficile de faire plus compétitif.

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    SOURCE: https://www.w24news.com

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