Julie Fuchs, nouvelle jurée chant de «Prodiges»  

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    INFO TV MAGAZINE – Dotée d’un fort tempérament scénique, la soprano intègre le jury du divertissement sur France 2, aux côtés du violoncelliste Gautier Capuçon et de la danseuse étoile chorégraphe Marie-Claude Pietragalla. Entretien enchanté avant le tournage de la demi-finale de la saison 7 le 27 août.

    TV MAGAZINE. -Pourquoi avoir accepté d’être jurée catégorie chant de «Prodiges», concours de jeunes talents présenté par Marie-Sophie Lacarrau, qui réunira de chanteurs, musiciens et danseurs au Dôme de Marseille, pour deux nouveaux prime times en fin d’année sur France 2?

    Julie FUCHS. -Parce que je trouve merveilleux d’avoir un espace, en prime time à la télévision, consacré aux musiciens et artistes de formation classique. La production de «Prodiges» (EndemolShine) m’avait déjà appelée par le passé. Mais cette année, c’était le bon moment pour moi, au bout de dix ans de carrière. Certes il me reste encore du chemin mais je suis heureuse de pouvoir transmettre à la jeune génération.

    Il existe tant de façon d’être un artiste mais le plus important c’est d’avoir des qualités humaines et la conscience de ce que l’on nous demande. Beaucoup de personnes ont une vision du chanteur dans sa bulle ou sur son piédestal mais en réalité ce métier demande un grand sens de l’adaptation et une grande discipline pour le travail en équipe. Cela ne s’apprend pas forcément au conservatoire. Accompagnés par l’orchestre philharmonique de Marseille, les jeunes vont vivre une expérience très formatrice.

    Le titre «Prodiges» n’est pas ce que je préfère dans cette très belle émission… Je dirais qu’il s’agit d’un don, d’un talent innné, qui vient dont on ne sait où, et qui s’apparente à de la beauté, et ne peut pas se définir par la seule maîtrise d’une technique. La notion de prodige dépasse la possibilité de la définir. Ces enfants ont déjà conscience de qu’ils arrivent à produire, qui fait du bien aux autres, mais ils ne mesurent pas encore toute l’importance du travail. Être prodige n’est que le début du chemin. Cela m’intéresse de voir comment ces jeunes artistes vivent leur art au quotidien, s’ils se sentent vraiment différents ou pas.

    «La notion de prodige s’apparente à de la beauté et dépasse la possibilité de la définir»

    J’ai acquis une vraie capacité de travail quand je me suis mise à jouer du violon en quatuor. Mais c’est vraiment quand j’ai commencé le chant que le plaisir est devenu tel que je ne voyais pas les heures passer.

    Serez-vous plus sensible à la personnalité ou à la technique d’un candidat ou d’une candidate?

    Il faut prendre ces jeunes artistes dans leur globalité. Le travail dramaturgique sur une partition aide à développer des choses techniquement et inversement. Mais l’uniformisation de l’art doit être combattue. L’originalité est la bienvenue et nul ne doit nous prémâcher ce que l’on doit aimer.

    C’est un problème lorsque l’on est trop près de la mue, pour les garçons comme pour les filles, qui, soit dit en passant, ont une mue plus tardive et plus discrète. Tout changement hormonal fait évoluer la voix. Ce qui est important, c’est de choisir des airs qui ne les abîment pas et ne les découragent pas. Il vaut mieux un passage qu’ils puissent dominer.

    Vous avez appris à jouer du violon, vous êtes devenue une des plus grandes cantatrices françaises à l’international et vous avez suivi des cours de théâtre, il ne vous manque que la danse!

    Je rêvais d’être danseuse au départ et j’en voulais à ma mère de m’avoir inscrit en musique! J’étais frustrée mais je me suis rattrapée plus tard avec la tango et la salsa.

    J’ai grandi à Avignon, qui possède une vraie culture de l’opéra et de l’opérette. Je me souviens aussi des Contes d’Hoffmann aux Chorégies d’Orange et j’ai entendu tellement d’interprétations de Carmen. Je n’ai chanté ce rôle que l’an dernier pour la première fois, j’étais très émue. C’est important de se remémorer nos émerveillements d’enfance. «Prodiges» marquera ces jeunes artistes, enfants et adolescents.

    Au violon, j’ai été sélectionnée pour la finale du concours Leopold Bellan mais je ne m’y suis pas rendue car je n’avais pas assez travaillé. Le concours Operalia créé par Placido Domingo est mon meilleur souvenir (elle en est sortie lauréate, Ndlr.).

    Les musiciens classiques doivent s’adapter à des univers différents mais il faut quand même habituer les personnes à se concentrer plus de deux minutes! Un opéra entier à la télévision c’est compliqué mais quel bonheur de raccrocher enfin l’air connu à ce qui le précède et à ce qu’il vient après. Il est alors coloré de tout son environnement, c’est très émouvant.

    Il faut beaucoup d’autodérision et de distance pour parvenir à s’exposer mais j’aime à penser les réseaux sociaux comme un espace pour la musique classique. Je suis ravie d’en être une de ses représentantes. Je montre l’envers du décor et prouve que l’on peut aimer cet univers qui n’est pas d’un autre temps. J’ai créé un concours #operaisopen, qui permet aux personnes n’ayant jamais mis les pieds dans un opéra de gagner une place, contre un petit commentaire. J’ai une grande satisfaction à récolter leur réaction après.

    C’est essentiel car un artiste ne tient pas sur la durée sans s’oxygéner le cerveau. Les chanteurs de ma génération conservent tous une activité physique parallèle. Enfant je jouais au football avec mon père, mon frère ou mon oncle. D’autre part, un artiste ne se suffit jamais seul devant sa partition. Il a aussi besoin d’être inspiré. Personnellement la nature m’inspire beaucoup, la peinture, l’art abstrait, un musée ou le théâtre aussi.

    «Prodiges» a réuni 3,23 millions de spectateurs lors de la finale de la saison 6 l’an dernier, alors que «Le grand échiquier» ne les atteint pas, est-ce encourageant?

    Si ces 3 millions viennent ensuite dans les salles de concert et les opéras c’est formidable. La musique se mesure davantage en terme qualitatif que quantitatif. Mais il y a aussi «Les Victoires de la musique classique», qui a l’immense mérite de réunir la profession.

    Vous avez été distinguée deux fois par une Victoire, en 2012 et 2014; Gautier Capuçon que vous connaissez bien, également…

    Nous nous sommes retrouvés au «Grand Concert de Paris» du 14 juillet (France 2), aux funérailles de Johnny Hallyday (TF1 et France 2) et plus récemment au Châtelet pour l’album et le concert de soutien aux soignants, «Symphonie pour la vie» (France 3). Ce que fait Gautier avec sa classe d’excellence à la Fondation Louis Vuitton est formidable. Je suis ravie aussi de faire la connaissance de Marie-Claude Pietragalla que j’admire. Elle a su sortir des sentiers battus. On en a besoin.

    Parce que vous étiez enceinte, vous avez perdu votre rôle de Pamina dans La flûte enchantée de Mozart au Staatsoper en Allemagne, qui vous a finalement dédommagé, une victoire?

    On pense parfois que le chant lyrique est une manière artificielle ou maniérée de chanter. Mais le chant, au contraire est quelque chose d’organique, de très sauvage, qui vient des tripes. Le chant nous apporte une connaissance très fine et impressionnante du corps. Les sages-femmes le constatent toutes chez les mamans chanteuses qui accouchent. C’est un lien très intime.

    Il n’a pas encore deux ans mais nous a régalé d’un charmant Papagena-Papageno (La flûte enchantée de Mozart)! Je souhaite surtout que mon fils se sente bien dans ses choix. J’ai la chance de l’avoir encore à mes côtés lorsque je voyage. Cette année, je me rendrai à Berlin, Naples, Paris et Aix-en-Provence, malgré l’annulation de deux rôles en raison du Covid.

    Le bel canto fait du bien à ma voix et je suis d’une heureuse nature, mais il arrive aussi à mes héroïnes de mourir. Je serai Aspasia dans Mithridate de Mozart, à Berlin; Pamina dans La flûte enchantée de Mozart, à Paris; Fiorilla dans Le Turc en Italie de Rossini, à Naples et Suzanna dans Le Mariage de Figaro, à Aix-en-Provence, sans oublier Cléopâtre dans Jules César en Egypte, opéra baroque de Haendel.


    SOURCE: https://www.w24news.com

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