Les Nouveaux Mutants : critique même pas peur – Critique Film

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    La franchise X-Men a clairement touché le fond avec le crash critique et financier du dernier Dark Phoenix, ce blockbuster fauché et sans ambition censé conclure la saga, et sur lequel Simon Kinberg s’est cassé les dents pour ses débuts derrière la caméra. Mais avant de tomber à la merci de Disney et de compter sur le MCU pour retrouver un jour le chemin des salles obscures, la saga a tenté une dernière manoeuvre pour sortir des ténèbres et tenter de renouveler son genre avec le spin-off horrifique Les Nouveaux Mutants, en salles dès ce 26 août.

    Le film de Josh Boone a franchi la ligne d’arrivée après un long parcours du combattant. La production chaotique a fait prendre deux ans de retard au film, au point où on s’attendait d’emblée, comme souvent dans ce genre de situation, à un énième mollard de studio craché à la tronche des spectateurs. Et c’est presque ça. 

    Les Nouveaux Mutants a été vendu comme le premier « film d’horreur » de Marvel (bien avant l’annonce du prochain Doctor Strange in the Multiverse of Madness qui flirtera lui aussi avec l’épouvante), malgré un classement PG-13 qui bride d’emblée cette soi-disant transgression du genre. Mais même si personne ne s’attendait à un nouveau Shining ou même quelques sursauts d’effroi, le film de Josh Boone avait clairement de quoi insuffler une ambiance anxiogène à ce récit se déroulant dans une sorte d’hôpital psychiatrique où sont retenus des mutants adolescents contre leur gré.

    Malheureusement, l’aspect suffocant du huis clos qui aurait énormément servi le film et ses ambitions horrifiques n’a quasiment pas été exploité, la caméra ayant abandonné l’idée de s’emparer des lieux, se contentant juste de passer d’une pièce à l’autre, sans chercher à resserrer les murs de la clinique ou créer un quelconque sentiment de claustrophobie.

    La mise en scène peu inventive de Josh Boone se repose énormément sur la simple apparence des lieux pour créer son atmosphère. L’objectif est braqué sur les longs couloirs vides, le mobilier austère ou encore les peintures aussi ternes et défraîchies que la photographie, sans pour autant en faire un personnage à part entière qui servirait de véritable geôlier au groupe de futurs super-héros, qui aurait pallié la nonchalance et la léthargie d’Alice Braga dans la peau du Dr Reyes. 

    En plus de passer à côté des avantages indéniables de son environnement (le plus dommage étant les cellules d’isolements où sont enfermés certains protagonistes), le film sacrifie toute la tension qu’il tente maladroitement d’installer à coups de jumpscares prévisibles et autres apparitions maléfiques en images numériques, reprenant la recette du divertissement d’horreur conventionnel. Le sentiment de danger imminent, d’inconfort ou de malaise est donc systématiquement désamorcé avant d’avoir réussi à réveiller l’intérêt du public, tout ça pour vite présenter son bestiaire en CGI peu convaincant. 

    À vouloir caler de légers éléments d’épouvante, tout en présentant un groupe de mutants traumatisés et en pleine puberté, le film est inévitablement coincé entre plusieurs genres qu’il n’assume jamais complètement, et se retrouve fatalement sans identité propre, contrairement à Logan (classé R aux États-Unis) qui voulait aussi s’écarter du moule des films de super-héros. Dans ce cauchemar éveillé que vivent Sam (Charlie Heaton), Roberto (Henry Zaga), Illyana (Anya Taylor-Joy), Rahne (Maisie Williams) et Dani (Blu Hunt), le film glisse logiquement vers le teen movie, avec les scènes connues du genre, dont le fameux action ou vérité, les moqueries sur le puceau de la bande ou les crêpages de chignons entre filles. 

    L’histoire tirée des comics est en elle-même une analogie évidente des troubles liés à l’adolescence, de la découverte d’un corps en pleine mutation à la recherche d’une place dans le monde, en passant par les premiers émois et les premières expériences sexuelles. Un sous-texte à peine effleuré, qui trouvait naturellement sa place dans ses quelques tentatives d’exploration, avant de rebasculer presque obligatoirement dans l’horreur et la baston super-héroïque.

    Ce manque d’homogénéité plombe ainsi considérablement le rythme, alors même que le film ne dure qu’un peu plus de 1h30 (le plus court de la saga), raison pour laquelle il enfonce des portes qu’il ne franchit jamais, faute de temps et de charcutage au montage. Quelques scènes présentées durant la promotion ont ainsi disparu de la version finale et on se doute bien qu’un plus grand nombre encore a dû sauter en post-production à l’exigence du studio.

    Malgré tout, entre le film pour ados et le film d’horreur pop-corn, Les Nouveaux mutants ne s’extirpe pas complètement du style super-héroïque, qu’il délaisse dans un premier temps en abandonnant même les sacro-saints pseudos, mais l’embrasse pleinement dans le dernier acte précipité qui reprend le schéma classique du genre. 

    La plus grande force du film réside donc dans son casting adolescent, notamment Maisie Williams, Anya Taylor-Joy et Charlie Heaton, qui tentent de donner de la consistance à leurs personnages, pourtant handicapés par le montage final du film qui massacre leurs arcs narratifs respectifs. Malgré la tentative de les doter d’une personnalité complexe, les protagonistes restent d’énièmes stéréotypes, dont certains sont carrément éclipsés du récit, à l’image de Sam et Roberto. La matérialisation au découpage épisodique de leurs peurs les plus viscérales ne sert qu’à ranimer l’aspect horrifique du métrage, mais ne sert jamais à les confronter directement aux démons de leur passé pour les faire évoluer. 

    Le compactage du récit et de ses dialogues est aussi fatal au personnage d’Illyana, garce insupportable et hantée par son enfance martyrisée par d’étranges créatures, dont la nature n’est jamais clairement abordée. Sa souffrance et son traumatisme sont facilement compréhensibles vu la tronche de ses tortionnaires, mais son identité reste nébuleuse, autant que les raisons qui l’ont conduit dans cette situation. Sa violence a également été atténuée, puisqu’elle est d’abord présentée comme une gamine meurtrière et impitoyable, mais se contente tout le long du film de répondre de façon puérile et de pousser les gens dès qu’elle se met en colère. 

    Un des plus grands gâchis du film reste le traitement du Dr Reyes. On devine la dualité qui déchire le personnage, à savoir une mutante et docteure qui exploite ses congénères et donne la mort, mais elle n’est présentée qu’à la fin du deuxième acte, à travers trois pauvres répliques débitées sans conviction. En plus d’amputer les personnages d’un développement narratif, cette trop courte durée brouille le scénario, notamment les passages concernant les employeurs et la compagnie du Dr Reyes dont les agissements sont balancés à l’occasion d’une pirouette scénariste prévue à cet effet.

    Les Nouveaux mutants était ainsi plein de promesses et aurait eu de quoi les tenir, si le film n’avait pas été coupé et redécoupé dans tous les sens. L’histoire pourrait maintenant prendre plus de poids et combler ses trous scénaristiques si un deuxième volet voyait le jour, le plan initial du réalisateur étant de pondre une trilogie. Avec les mentions faites aux X-Men et leur future introduction dans le MCU, les mutants de Josh Boone pourraient tout à fait refaire surface, et incarner pleinement la nouvelle génération qui pourrait sauver la franchise.

    En un peu plus d’une heure et demie seulement, Les Nouveaux mutants peine à faire aboutir tout ce qu’il entreprend, de la caractérisation de ses personnages à son intrigue régurgitée. Le film se contente d’alterner les genres selon les besoins du scénario et ne parvient jamais à les mélanger efficacement. 

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    Je soutiens la liberté critique

    @Simon Riaux
    Rien que le fait de dire supporter Jupiter machin la doit te/vous décrédibiliser a vie

    @Davmey
    La meme chose pour les journalistes qui descendent les Marvel et qui insensent un film comme Avatar par exemple, un truc que je n ai jamais compris en dehors du fait qu ils critiquent avant tout un film de Cameron et pas un film tout court

    J’ai découvert les nouveaux Mutants dans les Titans de Lug dans les années 80. Rocket et Bill Seinkzwick(…) Voilà les 1er faits que je retiens. Un Mutant qui se propulse comme une fusée Atlas et un jeune dessinateur à la ligne flou et droite comme des « angles » juxtaposé. Et vous savez quoi ? A cette époque j’ai lu ces épisodes des nouveaux Mutants, comme si les X-Men remettaient le couvert à nouveau avec l’île vivante de Krakoa! Que du bonheur ???? et du renouveau avec cette jeune équipe habillée avec le même costume ! La roue tourne, les X-Men sont installés à Rome pour l’éternité… c’est l’heure des nvx Mutants.

    @JoKorb
    Ho tu sais, Disney s’en tamponne du film.
    As-tu beaucoup entendu parler du film ? Trouves-tu qu’il y ait beaucoup de salles où il est diffusé ?
    NON…
    Pourquoi ?
    Parce que, au risque de me répéter, Disney se fiche de ce film.
    Ils ont ‘hérité’ de NM au rachat de Fox et il y avait une obligation contractuelle de le sortir en salles (avec un nombre de copies minimum et sur une durée minimum). C’est tout !
    Le film a été envoyé au casse-pipe avec un minimum de promo et de salles pour ne pas perdre trop d’argent.
    Sinon ils l’auraient balancé en SVOD ou sur une de leur plate-forme de streaming (probablement HuLu qui diffusaient les séries types ‘teenage-superheroes’ comme Runaways, Cloak & Dagger…)… Ils le font pour l’un de leur plus gros Blockbuster de l’année, Mulan (plutôt réussi de surcroît), mais pas pour un film qui sent le sapin depuis plus de deux an ? Hey, les enfants… Ici c’est La Souris, pas Les Cinés Du Coeur ! !!
    Je pense même que c’est la raison pour laquelle NM à été charcuté / raccourci un maximum : pour pouvoir avoir un maximum de séances par jour et faire donc un max de $ le premier week-end (aux USA) avant que le bouche à oreille ne le massacre… Sinon pourquoi faire la projection presse français un jour avant la sortie, avec embargo critique jusqu’au jour de la sortie (mi-août donc), pour un film officiellement prêt pour une sortie en AVRIL DERNIER ?!

    Pas tout le monde dans le même panier non, mais il y a des journalistes qui défendent, ont défendu et défendront toujours les Wachowski, si bien que leurs critiques n’ont plus rien d’objectives. Chacun est libre de philosopher sur le fond de leurs films, mais quand on parle de laideur numérique pour la prélogie mais qu’on adore la bouillie visuelle et le mauvais goût esthétique d’un speed racer et d’un Jupiter Ascending c’est qu’on est à 100% dans le subjectif et plus du tout objectif.

    @Davmey remarque un rien condescendante sur les « fans des Wachowski » hop tous dans le même panier…
    Je ne suis moi même pas dans cette catégorie (Speed Racer est une purge pour moi) mais il faut reconnaître que la plupart de leurs productions ont des choses à offrir, malgré leurs défauts. Je suis un gros fan de Cloud Atlas en tout cas.

    Le cas des Wachowski c’est autre chose, car leurs films sont soutenus systématiquement même en dépit du bon sens et de leur qualité objective. Un jour j’écrirais un livre sur les fans des Wachowski, c’est psychologiquement très intéressant. Pour en revenir aux nouveaux mutants j’ai trouvé la proposition limpide et parfaitement honnête. Je ne vois pas où il y foutage de gueule de la part du réalisateur / scénariste. Celui qu’il faut blâmer c’est Disney qui a tout fait pour charcuter et réduire les ambitions du film. Mais même en l’état l demeure très appréciables comme bon nombre de films massacrés au montage. Je pense à The Crow 2 par exemple.

    Vous dites n’importe quoi. De plus docteur strange 2, le réalisateur a préféré arrêter car disney ne voulait pa see ce côté épouvante et il est parti en désaccord c’est pour cela que Sam raimy a repris la suite donc non il ni aura pas d’horreur..

    @Davmey
    Et c’est sans doute pour ça qu’on nous reproche régulièrement de soutenir contre vents et marée des films malades comme Jupiter Ascending ou Tomorrow Land.
    Non, rien de tout ça, on trouve ça loupé, on le dit. Point barre.
    On n’a rien contre les films aux productions chaotiques (vu tout le bien qu’on a dit de Rogue One…), en revanche, souvent des films à la production chaotique sont… chaotiques. Rien que de très normal en fait.



    SOURCE: https://www.w24news.com

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