«Petit pays» **: «L’histoire du film, et du roman,c’est celle d’un paradis perdu»

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    Une histoire personnelle douloureuse (la séparation d’un couple, un enfant malheureux), à l’intérieur d’un contexte historique dramatique (le coup d’État au Burundi, le génocide au Rwanda). Dans un film notamment interprété par Jean-Paul Rouve, Éric Barbier adapte le roman de Gaël Faye, paru en 2016 (sur les écrans ce vendredi). Explications du réalisateur, en compagnie de l’actrice Isabelle Kabano.

    – « Petit Pays » est d’abord un livre, en partie autobiographique, de Gaël Faye. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’en faire un film ?

    É. B. : « Ce qui m’a le plus touché, c’est cet enfant qui subit la séparation de ses parents. Voilà la ligne sur laquelle je me suis appuyé pour l’adaptation. Bien sûr, cette séparation est particulière, c’est celle d’un Français blanc et d’une Rwandaise réfugiée au Burundi. Qui a lieu au moment d’un coup d’État, cinq mois avant le génocide des Tutsis dans l’État voisin. »

    – Comment avez-vous collaboré au fil des étapes du travail ?

    É. B. : « Ce film, je ne pouvais pas imaginer le faire sans lui. Je ne connaissais ni le Burundi ni le Rwanda, c’était donc un projet compliqué. Gaël m’a donné des photos, des films, des éléments personnels pour nourrir mon imaginaire, et approcher la réalité. Puis, au Rwanda j’ai rencontré sur ses conseils des Burundais réfugiés qui avaient connu cette période. Gaël a lu chaque version du scénario. Il m’a même donné une scène forte, inédite, qui avait été enlevée par l’éditeur. »

    – Vous n’avez pas pu tourner au Burundi…

    É. B. : « La situation politique du pays est complexe. Il n’y avait pas assez de garanties de sécurité, les assurances ne nous suivaient pas. Alors on a tourné au Rwanda. Au niveau de la langue, de la géographie, c’était important pour Gaël. On a fait un casting à Mahama, un camp de réfugiés ; on y a trouvé de jeunes Burundais, qui fuient le régime actuel. »

    – Est-ce une responsabilité particulière d’évoquer de tels faits avec ceux qui, parfois, les ont vécus ?

    É. B. : « Raconter une histoire qui s’est passée il y a vingt-cinq ans dans un pays où un million de personnes ont été massacrées, c’est réactiver des choses douloureuses, oui. La responsabilité, c’est d’être honnête. Que les gens aient de l’espace pour dire des choses. Je pense à Mariana, la grand-mère, quand elle raconte le génocide. On sent que l’actrice se sert des mots du scénario pour raconter quelque chose qui lui est proche, intime, difficile. Je pense à la scène d’Isabelle, à la fin : au combo (écran de contrôle), les gens pétaient les plombs, tout le monde chialait. Moi je ne m’en occupais pas sinon je devenais fou. Je tentais de tenir le cap, difficilement, en voyant rejaillir la douleur. »

    Éric Barbier, réalisateur, et Isabelle Kabano, qui joue la mère. Photo PASCAL BONNIÈRE

    – Isabelle Kabano, comment vous êtes-vous retrouvée dans ce film ?

    I. K. : « J’avais lu le livre à sa sortie. Deux ans plus tard, on m’invite à un casting à Kigali, pour le rôle d’Yvonne, cette femme que je trouvais extraordinaire ! L’industrie du cinéma au Rwanda n’est pas très développée : quand tu as joué une fois, que tu es dans la sphère artistique, on t’appelle. »

    – Comment jugez-vous Yvonne aujourd’hui, en l’ayant incarnée ?

    I. K. : « Cette femme porte un masque. Quand elle veut fuir son mari, son couple qui part en morceaux, elle part faire la fête. Devant ses copines, c’est une privilégiée, la femme d’un muzungu (un Blanc). Elle est naïve, elle voit ce qui se passe dans sa famille au Rwanda, mais elle ne veut pas y croire. La réalité lui explose à la figure, et elle se perd. »

    – Vos scènes ont été difficiles ?

    I. K. : « Pour les Rwandais, cette blessure reste vive. Tu y touches, elle se rouvre. Mais il y avait les moments de joie, aussi, je retrouvais le Bujumbura de l’époque. Cette ville, c’était Ibiza ! »

    É. B. : « C’est bien ça, l’histoire du film, l’histoire du roman, l’histoire de Gaël Faye : celle d’un paradis perdu. »

    – Éric Barbier, « Le Brasier », votre premier film, était tourné en partie dans la région. Quels souvenirs en gardez-vous ?

    É. B. : « Je n’ai jamais revu ce film, que je déteste (rires). Ce n’est pas faute d’avoir aimé tourner ici, mais c’est un film qui ne correspond pas à l’image que j’en avais, à ce que je voulais faire. »

    Réalisateur. Éric Barbier.

    Interprètes. Jean-Paul Rouve, Isabelle Kabano, Djibril Vancoppenolle et Delya De Médina.

    Genre. Drame.

    Durée. 1 h 53.

    Résumé. Dans les années 1990, un petit garçon vit au Burundi avec son père, un entrepreneur français, sa mère rwandaise et sa petite sœur. Il passe son temps à faire les quatre cents coups avec ses copains de classe jusqu’à ce que la guerre civile éclate, mettant fin à l’innocence de son enfance. Et bientôt parviennent, du pays voisin, des rumeurs alarmantes. La famille de sa mère, tutsie, est en danger…

    Une adaptation fidèle… Un peu trop

    En 2016, le jeune auteur-compositeur-interprète Gaël Faye marquait les esprits en racontant, dans son premier roman (prix Goncourt des lycéens), une enfance, en grande partie vécue, fauchée par la petite et la grande histoire. Petite histoire de parents qui se déchirent. Grande histoire de pays (le Burundi, le Rwanda) qui s’enfoncent dans la violence, l’un dans la guerre civile, l’autre dans le génocide. En adaptant le livre sous la supervision de son auteur, Éric Barbier choisit, lui aussi, d’épouser le point de vue de l’enfant. Alors qu’il vit vingt-cinq ans plus tard, le spectateur est donc invité à adopter la posture de témoin candide d’événements tragiques qui le déroutent. Pourquoi pas ? Au cinéma, après tout, on ne demande pas mieux que d’être manipulé. Mais ce qui pourrait être une position agréablement inconfortable, pleine de doutes, de peurs, de questionnements, lasse quand se multiplient, au milieu d’un récit décousu, les images anecdotiques et répétitives d’une vie de famille qui se délite. Se voulant trop fidèle au livre, à l’écrivain, à l’histoire (petite et grande…), le film reste prudemment en surface et ne bouleverse pas profondément. On le regrette d’autant plus que quelques moments très forts (le mariage au Rwanda, et plus généralement toutes les scènes où apparaît la charismatique Isabelle Kabano) laissent apercevoir le film tel qu’il aurait pu être s’il s’était montré plus libre, moins lisse. C. P.



    SOURCE: https://www.w24news.com

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