Qui est Joseph Sighomnwe, l’un des vieux prisonniers de Paul Biya ?

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    Haut fonctionnaire des douanes à la retraite, ce responsable régional du MRC Littoral 2 arrêté depuis le 28 janvier dernier vient d’être débouté en appel dans la procédure d’ Habeas Corpus. Une audience à laquelle il n’a pas pu assister parce qu’il portait ce jour-là un maillot des Lions indomptables avec le dossard CAN Cameroun 2019.

    C’est pourtant une journée paisible et ordinaire qui commence ce lundi 28 janvier 2019. Joseph Sighomnwe entame une matinée ordinaire, inscrit à son programme du jour, une inspection de sa plantation : « L’histoire débute ce fameux lundi 28 janvier, par une matinée comme les autres, où je dois me rendre à la plantation », se souvient-il.

    Joseph Sighomnwe est en effet revenu précipitamment d’une réunion avec les autres responsables du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) dans le Littoral 2. Alors qu’il est attablé ce lundi 28 janvier autour de son petit-déjeuner, l’esprit déjà à sa plantation où il compte se rendre pour un tour du propriétaire, se produit un fait visiblement anodin mais qui prendra tout son sens par la suite. L’info claire et nette.

    « Je suis en train de finir mon petit-déjeuner, lorsqu’un coup de fil insolite, d’un numéro de téléphone non répertorié m’informe de l’imminence d’un complot pour l’assassinat du professeur Maurice Kamto. Surpris et choqué, je demande à savoir l’identité de mon informateur, qui se borne à m’indiquer qu’il est de la sécurité et que je ne cherche pas à savoir d’où vient l’information. Je note quand même que mon interlocuteur connait mon identité et notamment que je suis régional du MRC dans le Littoral 2. Je réfléchis un instant, informe mon épouse et décide d’en parler au conseiller spécial du président national. Après m’être assuré qu’il se trouve à Douala, je prends rendez-vous avec lui à son bureau vers midi, ayant renoncé à mon programme de visite à la plantation. »

    Rumeur

    La journée d’un responsable politique peut être ainsi faite d’imprévus. Surtout lorsque des informations aussi affolantes sont mise en circulation. Rendu au bureau du conseiller spécial de Maurice Kamto pour en avoir le coeur net, tout va s’accélérer.

    « J’apprends que le président national se trouve à Douala, et que la rumeur que j’ai reçue circule aussi sur les réseaux sociaux. Ces rumeurs sont ensuite remplacées par celles faisant état de ce que le président national et certains de ses collaborateurs seraient encerclés par la police au domicile de M Albert Nzongang. Convaincu qu’il ne s’agirait que de simples manoeuvres d’intimidation comme celles ayant eu lieu dans le même domicile lors de la campagne électorale, je décide de m’y rendre, en compagnie d’un autre cadre du parti, pour en avoir le coeur net. »

    Traquenard

    La suite prendra les allures d’un traquenard visant à attirer en un lieu précis, en l’occurrence la résidence d’Albert Dzongang, des responsables et alliés du Mrc bien ciblés. « C’est ainsi, raconte Joseph Sighomnwe, qu’ignorant le plan diabolique qui avait été mis en place pour arrêter, séquestrer et déporter les cadres du MRC, nous allons nous jetter dans la gueule du loup. Dès lors, notre descente aux enfers commencera, pour ne plus s’arrêter jusqu’aujourdhui », lance-t-il, encore tout retourné.

    La descente aux enfers va s’accélérer. Le piège s’est refermé sur Joseph Sighomnwe ainsi que les dizaines d’autres personnes rassemblées chez Albert Dzongang dont Maurice Kamto : « Nos téléphones sont confisqués. Nous sommes contraints de nous affaisser dans la boue ; entassés ensuite dans des pickup, pour être déversés à la Direction régionale de la police judiciaire du littoral. Nous croyions avoir vécu le sommet de la persécution, lorsque, comme aux pires moments de la guerre d’indépendance au Cameroun, dans les années 60, on menace de nous exécuter, on nous roule dans la boue, mais en fait les choses ne font que commencer. »

    La hargne des policiers qui tiennent en captivité les membres et alliés du Mrc se décuple. « Nous serons ensuite déportés, articule Joseph Sighomnwe, dans des conditions inhumaines à Yaoundé, nuitamment où rendus aux premières lueurs du matin, mon groupe au nombre de 25, va tirer le gros lot en se retrouvant au Secrétariat d’État à la défense chargé de la gendarmerie nationale. Nous y subirons toutes sortes de brimades, physiques et morales. Pendant 15 jours, sans pouvoir rencontrer nos avocats et nos familles.

     » Ainsi s’achève une tranquille matinée de lundi 28 janvier 2019 commencée à Douala autour d’un petit-déjeuner. Camer.be. Comment se remettre d’un tel emballement ? Depuis environ 100 jours, Joseph Sighomnwe est arraché à ses enfants et petits-fils. Incarcéré à la prison centrale de Kondengui, ce tranquille père de famille, âgé de 66 ans, est inculpé pour « rébellion », « insurrection », « hostilité contre la patrie ». Excusez du peu. Des accusations passibles de la peine de mort qu’il nie en bloc évidemment.

    Maillot CAN 2019

    En son absence devant le juge, il vient d’être débouté en appel dans la procédure d’ Habeas Corpus pour exiger sa mise en liberté immédiate. Ses coaccusés et lui ont été empêchés de se rendre au palais de justice le jour de l’audience, « parceque nous étions habillés en maillot des Lions indomptables avec au dos la mention CAN Cameroun 2019 », s’etonne M. Sighomnwe. La prochaine audience devrait être devant le tribunal militaire.

    « Mais là-bas, nous demanderons que ce tribunal se prononce d’abord sur sa compétence », lâche-t-il. Dans ce domaine, Joseph Sighomnwe n’est pas totalement en terrain inconnu. C’est un haut fonctionnaire des douanes camerounaises à la retraite, diplômé de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature, promotion 1976-1979, il en sort inspecteur des douanes. Sa riche carrière dans les douanes n’a d’égal que sa grande discrétion.

    Tenez, de novembre 1979 à juin 1980 il est inspecteur de visite au secteur du Littoral bureau principal du port de Douala. De janvier 1983 à décembre 1996, il est inspecteur vérificateur national à la brigade nationale des enquêtes. De janvier 2001 à avril 2004 il est chef de service de gestion du transit au secteur du Littoral Douala port IV.

    Sa fonction consiste alors à mettre en oeuvre le programme du gouvernement dans son souci de simplifier et de sécuriser le transit des marchandises dans la sous région Cemac, par la mise en place d’un corridor de circulation des marchandises en transit et l’implication des transporteurs et des moyens de transport en vue d’établir l’acheminement effectif à leur destination des marchandises en transit destinées aux pays voisins enclavés de la sous région. D’avril 2004 à août 2008, il occupe le poste d’inspecteur vérificateur national à la brigade nationale des enquêtes. En tout, il est resté 30 ans au service de la douane camerounaise.

    Conseiller municipal 

    Aujourd’hui, iI s’accommode bien de ses activités en cabinet d’expert en douanes agréé Cemac et agro-pastorales. Il est passionné des activités champêtres qu’il a exercé comme hobby pendant plus de 30 ans avant d’en faire son métier de reconversion à la retraite. Dans ce domaine, ses initiatives sont nombreuses et concernent aussi bien les projets personnels que ceux relatifs à l’encadrement des groupements de producteurs en zone rurale. Joseph Sighomnwe est militant du Mrc depuis son lancement, conseiller municipal de la commune de Douala lVe depuis 2013 et responsable régional secrétaire de la fédération régionale du Littoral 2 ( Moungo).
    Son arrestation depuis environ 100 jours a-t-elle eu raison de son engagement politique ?

    « Mon moral est au beau fixe, répond-il vite, surtout quand j’observe l’engagement des jeunes qui sont avec moi dans cette galère. Ce n’est pas moi qui peut être le premier à me décourager. Nous autres nous nous battons pour eux, et non pour nous. Mon rêve c’est de voir avant de mourir un Cameroun nouveau où des valeurs comme le travail, la justice, la liberté, le sentiment national sont érigés en vertus cardinales. » Il a mis à profit cette épreuve pour s’enrichir de nouvelles expériences. « Mon séjour à Kondengui, marque-t-il, a été un temps de retraite spirituelle et d’introspection.

    Mais aussi de prise de conscience de certaines réalités insoupçonnées. Sans cette malheureuse aventure, le fonctionnement de la justice dans notre pays, les réalités du milieu carcéral, avec une extrême misère de la condition humaine, à laquelle, même Malraux n’avait pas pensé, la masse des detourneurs des deniers publics que ce régime a fabriqué et qui constitue aujourd’hui la majorité des pensionnaires. »

    Source: camer.be

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