« Un groupe majoritaire, ce n’est pas une hiérarchie militaire »: les conseils de Copé à Castaner

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POLITIQUE – Pourquoi Jean-François Copé? Parce qu’en matière d’expérience et de sens politique, il a beaucoup à apporter au groupe En Marche qui vit des difficultés depuis plusieurs années et un cauchemar éveillé depuis quelques mois. 

A deux jours de l’université d’été décentralisée que le parti organise ce samedi, le groupe majoritaire à l’Assemblée nationale s’est doté d’un troisième président en trois ans. Après Richard Ferrand et Gilles Le Gendre, démissionnaire en juillet pour cause de tensions internes- Christophe Castaner, proche du Président Macron, a été élu avec 55% des voix, contre son adversaire Aurore Bergé, 45% des suffrages, qui promettait plus d’indépendance vis-à-vis de l’exécutif. Une courte majorité qui décrit un groupe éclaté en mal d’identité et de reconnaissance et autant de défis pour l’ancien ministre de l’Intérieur. 

Jean-François Copé, qui fut président du groupe UMP de 2007 à 2010 sous Nicolas Sarkozy et François Fillon, avait réussi à imposer sa marque à ce poste-clé avec un groupe plus pléthorique que celui d’En Marche. Le maire LR de Meaux préconise de revaloriser la fonction du député en lui accordant plus de place dans la co-construction législative et le contrôle du gouvernement. Il conseille aussi d’être “un manager avec du cœur et de l’affect” et de garder la bonne distance avec l’exécutif. Entretien.

Le HuffPost: Comment analysez-vous l’élection de Christophe Castaner  à la tête du groupe LREM face à Aurore Bergé?

Jean-François Copé: Christophe Castaner part avec deux handicaps: le premier c’est qu’il gagne, certes, mais avec une majorité très étroite dans une élection qui se fait en général avec un vrai consensus. Avec 55% des voix au deuxième tour, il est loin à ce stade de pouvoir porter un leadership. Second handicap, il fait ce score faible alors qu’il est le candidat du Président. Il va avoir beaucoup de pain sur la planche pour préserver une discipline de groupe car un groupe majoritaire, ce n’est pas une hiérarchie militaire.

Je ne me permettrais pas de lui donner des conseils. C’est une mission extrêmement difficile et l’on fait du mieux qu’on peut. Quelques principes de base qu’il faut essayer d’appliquer quand on peut. D’abord, 276 députés, ce sont 276 personnalités différentes, avec chacune leur histoire, leur importance et leur ego parfois!

Il faut considérer que chacun est important et que leur parole compte. Surtout dans cette phase du quinquennat où bon nombre de députés pris par un vent de panique comprennent que ce n’est plus une marche en avant, mais un compte à rebours. Ils vont donc rentrer dans une séquence à 18 mois de la fin de leur mandat où le moindre mouvement va leur faire peur. 

Il faudrait que Christophe Castaner essaie de faire ce que nous avions fait: la co-production législative. Investir les députés d’un rôle de co-fabrication de la loi et de contrôle gouvernemental. Mais ce sera difficile: le groupe LREM est idéologiquement fissuré, car ses membres viennent de tous les bords et ne sont pas des professionnels de la politique.

 Ce serait donc une autre façon de gérer le groupe LREM par rapport à ce qui a été fait précédemment?

Le fait que les députés ne puissent plus être maires, hélas, anéantit quasi totalement leur efficacité sur le terrain, car les gens ne font plus appel à eux pour résoudre leurs problèmes concrets. Donc, autant qu’ils participent effectivement à la construction de la loi en refusant des textes trop ficelés, trop technos et qui ne correspondent pas aux attentes des Français. Cela marquerait une autonomie de penser vis-à-vis des ministres tout en restant fidèle au Président de la République.

Il faut aussi qu’ils contrôlent les ministres, les décrets d’application des textes et qu’ils évaluent les politiques publiques. Ce devrait être leur principale activité et ça les valoriserait. Pour ça, il faut que Christophe Castaner accepte que son rôle n’est pas uniquement -comme ce fut trop le cas de ses prédécesseurs immédiats- d’être le simple messager du Président. Pour Emmanuel Macron, c’est également la meilleure façon de préserver l’essentiel et de faire passer ses réformes parce qu’il aura accepté quelques concessions.

Oui! Il le vivait assez mal, mais nous lui avons rendu d’énormes services, sans jamais que sa majorité ne lui manque. La loi sur la burqa, il n’en voulait pas, Fillon non plus, les parlementaires l’ont imposée et il s’en est servi ensuite dans sa campagne contre François Hollande qui, lui, ne l’avait pas votée; le travail du dimanche, beaucoup de députés de province s’y opposaient au forceps, on a fait faire des concessions au gouvernement et la loi est passée. Ou encore la révision constitutionnelle, beaucoup ne voulaient pas la voter, on a renforcé le pouvoir de contrôle du parlement alors que Nicolas Sarkozy n’y était pas favorable. Maintenant, il s’en revendique…

On entend souvent que ce serait le “pire poste de la Ve République”. Vous partagez cette idée?

J’ai adoré ce poste. Au début, ça n’a pas été facile, car j’avais été sorti du gouvernement précédent pour ma trop grande proximité avec Jacques Chirac et je n’avais été député que deux ans. Mais j’avais été ministre des Relations avec le Parlement et du Budget, ce qui donne une grande expérience de la mécanique parlementaire. Et puis, j’ai beaucoup aimé. C’est du management, mais avec le cœur, avec de l’affect. Vous n’êtes pas vraiment leur chef, un député est un homme libre. Je n’ai jamais exclu quelqu’un parce qu’il n’avait pas voté un texte par exemple. Richard Ferrand et Gilles Le Gendre faisaient ça. Ça m’a paru très maladroit.

Il est arrivé que certains s’abstiennent. Je laissais passer. Je pense à un député chevronné qui râlait sur une disposition fiscale, il s’est abstenu sur le budget, ça a fait trois articles dans les journaux et c’est tout.

Écouter ses collègues, les aimer et les comprendre. On n’est jamais député par hasard -quoiqu’en ce moment je ne sais pas-  j’étais incollable sur les histoires de chacun, une séparation douloureuse, un échec professionnel… J’aime les parcours personnels. Il y a une dimension humaine dans la politique dont on parle peu alors que c’est sans doute le plus important. 

Vous souvenez-vous de la polémique sur le congé de deuil et cet énorme rétropédalage des députés LREM? 

Cela a été LA faute professionnelle. Ils ont payé plein pot l’amateurisme. Il manquait un professionnel à la barre… Mais nous aussi on en a fait.

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SOURCE: https://www.w24news.com/news/un-groupe-majoritaire-ce-nest-pas-une-hierarchie-militaire-les-conseils-de-cope-a-castaner/?remotepost=267382

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