World news – Dans la peau d’un chauffeur Uber ou d’une réfugiée : ces jeux vidéo qui changent notre regard sur l’info

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Et si vous changiez de point de vue sur une question d’actualité après avoir joué à… un jeu vidéo ? C’est ce qui pourrait bien vous arriver si vous jouez au « Uber Game », le jeu gratuit du « Financial Times » qui vous permet de vous mettre dans la peau d’un chauffeur confronté à de rudes conditions de travail. Ou encore, dans un tout autre registre, si vous vous lancez dans « Enterre-moi mon amour », un jeu intimiste qui relate, à travers des échanges de SMS, le long voyage d’une Syrienne jusqu’en Europe.

Ces œuvres récentes illustrent, chacune à leur manière, la capacité croissante des « newsgames » (ces productions qui racontent l’actualité au format vidéoludique) à faire changer le joueur de perspective, voire à l’émouvoir. Dans le cadre de la conférence « Comment nous divertirons-nous demain », organisée par « l’Obs », qui se déroule mardi 15 septembre à Paris (pour s’inscrire, cliquez ici), nous avons joué à ces deux jeux et discuté avec leurs créateurs.

Dans le cas du jeu sur Uber, nous sommes placés dans la peau d’un chauffeur en difficulté financière qui fait face à nombre de dilemmes cornéliens. Faut-il sacrifier sa vie sociale et familiale pour tenter de remplir les objectifs de productivité fixés par Uber, et décrocher ainsi un bonus ? Faut-il traquer les hausses du prix de la course, quitte à perdre du temps en se rendant dans un secteur plus lointain ? Et plus prosaïquement, faut-il accepter des passagers qui mangent des hamburgers et risquent de salir la banquette arrière ?

Robin Kwong, qui était le responsable des projets numériques du « Financial Times » lorsque le jeu a été créé, nous explique que le scénario et le système économique du jeu se fondent « sur de véritables interviews de chauffeurs », menées par la journaliste Leslie Hook. A ses yeux, le jeu vidéo se révèle complémentaire des narrations journalistiques traditionnelles :

Robin Kwong espère que le jeu « donne envie d’en découvrir davantage » sur le sujet. Justement, après avoir terminé ce jeu gratuit, le joueur est invité à consulter un article payant du « Financial Times », dans lequel la question Uber est explorée plus en profondeur. Trois ans après sa sortie, le responsable du « Uber Game » revendique plus 500 000 joueurs et un temps passé d’une vingtaine de minutes en moyenne, une durée astronomique pour un site d’information.

« Enterre-moi mon amour », jeu créé par le studio français The Pixel Hunt avec le soutien d’Arte, met en scène une histoire bien différente. On y découvre l’histoire de Nour, une migrante syrienne qui réalise un long voyage jusqu’en en Europe. Ses péripéties sont relatées à travers des échanges de SMS avec son mari resté à Homs. Ce dernier, dont les réponses sont partiellement contrôlées par le joueur, peut orienter la jeune femme en se prononçant sur des décisions stratégiques : monter dans un taxi, faire confiance à un passeur, quitter une caravane de migrants pour tenter sa change en solo…

Conçu pour être joué sur téléphone, mais également adapté sur PC et Nintendo Switch, « Enterre-moi mon amour » est une fiction qui puise sa matière première dans de véritables témoignages. A commencer celui de « Dash », une jeune Syrienne dont l’histoire avait été racontée en premier par la journaliste du « Monde » Lucie Soullier, sous la forme d’une conversation Whatsapp qui a ensuite inspiré le concept du jeu.

Ce format place d’emblée le joueur dans « un territoire connu, celui de l’intime », analyse Florent Maurin, créateur du jeu et directeur du studio The Pixel Hunt. « Cela permet de raconter une histoire qui, autrement, serait peut-être compliquée à raconter. »

De fait, la modestie apparente des mécaniques de jeu n’amoindrit pas son impact : Florent Maurin rapporte que certains joueurs ont pu se dire « transformés » par l’expérience d’« Enterre-moi mon amour », même si le projet n’avait pas été pensé comme une œuvre engagée.

Selon la docteure Isabelle Patroix, dont le poste de « Playground Manager » à Grenoble Ecole de Management l’amène à élaborer des « Serious Games » (c’est-à-dire des jeux à objectif pédagogique), les jeux vidéo ont des atouts à faire valoir pour s’inscrire dans l’avenir de l’information. Parce qu’ils sont de nature à capter l’attention du public, mais aussi à marquer les esprits de ceux qui les pratiquent.

« Sur des sujets sensibles, intimes et complexes comme ceux des newsgames, cela peut permettre une prise conscience », poursuit Isabelle Patroix. « Ou au moins de changer notre regard sur une situation. »

La spécialiste des jeux pédagogiques note également que les « newsgames » se prêtent particulièrement aux sujets riches en nuances. A l’image de « Fort McMoney », le très ambitieux documentaire vidéoludique de David Dufresne paru en 2013, dans lequel le joueur est amené à considérer sous de nombreux aspects – économiques, écologiques – l’exploitation des sables bitumineux dans une ville canadienne.

Et, preuve que les « newsgames » n’ont pas fini de faire irruption dans les sujets d’actualité, le journal « Le Temps » vient tout juste de publier « Quatre apparts et un confinement », un jeu développé en un été qui se penche sur les conséquences de l’épidémie de Covid-19 pour quatre personnes à l’isolement.


SOURCE: https://www.w24news.com

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