World news – FR – Clémence Rochefort: « Mes plus beaux souvenirs avec mon père sont les derniers »

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Dans son livre Papa, chez les libraires ce jeudi, la cadette de Jean Rochefort revient sur le sort extraordinaire de son père, décédé en 2017, et sur les liens qui les unissent Rencontre avec la reine d’Angleterre , tournage tumultueux, derniers instants Elle revient pour nous sur ces moments marquants

Clémence Rochefort nous rencontrera au café Le Hibou, près de la gare de l’Odéon Si la jeune femme de 28 ans nous accueille avec le sourire, elle vit un mélange d’excitation et de nervosité Elle vient d’écrire son premier livre, Papa, paru ce jeudi septembre 24 par les éditions Plon et préfacé par Jean-Paul Belmondo La cadette de Jean Rochefort – elle a une sœur aînée, Louise, née en 1990, et trois demi-frères et soeur, Marie, née en 1962, Julien, né en 1965 et Pierre , née en 1981 – rend un vibrant hommage à son père décédé le 9 octobre 2017 Elle se souvient de son enfance à la campagne, de leurs escapades culturelles à Paris, ou encore des rencontres qui ont marqué leur existence
Elle décrit également les blagues de l’acteur, qui a effrayé les camarades de classe de sa fille en leur passant Les Quatre Saisons de Vivaldi « Cultivez-vous un peu, bande d’ignorants! » Il leur a dit à bout portant A l’évocation de ces souvenirs, Clémence Rochefort n’arrive pas à réprimer quelques éclats de rire Mais parfois aussi lutte pour retenir les larmes qui embrument ses yeux bleus « Toi, ma Clémence, j’ai l’impression que tu rôdes autour des mots », écrit à elle le héros d’Un éléphant ça trompe énormément (1976) dans une dédicace, en 2013 Sept ans plus tard, la présence de Jean Rochefort vit parfaitement dans la mémoire de sa fille

Madame Figaro – Quand avez-vous réalisé que votre père était célèbre? Clémence Rochefort -Je l’ai compris quand on marchait dans la rue, entre 10 et 12 ans Il n’a jamais insisté pour qu’on regarde ses films à la maison Il ne voulait pas que ce soit un must Il savait qu’avoir Jean Rochefort pour père pouvait déjà être un fardeau Si en plus, il me mettait devant ses films le week-end, je pense que ça aurait été compliqué C’est plutôt en observant les réactions de ses admirateurs que j’ai réalisé sa notoriété je les ai vus tellement émerveillés Le bonheur qu’il a apporté aux gens me frappent

La première chose que vous vous demandez quand vous voyez le titre Papa c’est quel genre de père était Jean Rochefort? Lui qui était si libre et traditionnel à la fois, comment t’a-t-il élevé? Était-il comme un papa poule ou un père éloigné?
VSR – Il était très exigeant En même temps, je le trouve très bien C’était une éducation gratuite, et en même temps c’était beaucoup plus sévère que celui de mes amis – ce qui n’était pas si mal Nous n’étions pas sous la pression académique Mais il exigeait tout le reste: le respect des autres, le bien-être et l’importance d’être discret Cela signifiait beaucoup pour lui

En te lisant, on a l’impression que ça prenait beaucoup de place Tu dis, par exemple, que quand tu étais petite, tu avais du mal à te faire des amis à cause des farces de ton père… CR- Il avait un côté très incongru Moi, j’étais embarrassé, je voulais qu’il rentre dans les cases, qu’il soit plus jeune Enfin, avec le temps, j’ai réalisé à quel point j’avais eu de la chance à l’époque, on ne s’en rend pas compte, même si les gens le soulignent

Et vous, quand vous êtes-vous dit que c’était une chance d’être la fille de Jean Rochefort? R- Je l’ai réalisé vers 17-18 ans Avant, je me faisais tout petit ça me gênait qu’on soit reconnu dans la rue Mes camarades de classe l’adoraient Mais moi, quand je pouvais passer plus de temps avec ma maman, je l’ai fait Quand j’avais 17 ans il avait 80 ans j’ai alors réalisé qu’il ne fallait pas perdre ce temps précieux De 17 à 25, jusqu’à la fin, j’ai vraiment apprécié sa présence

Comment étaient les dimanches avec ton père? CR- Il détestait ça, les dimanches de famille Il aimait avoir des relations privilégiées avec ses enfants Il avait été tellement traumatisé par les dimanches à la maison, qui duraient des heures Il préférait les moments intimes Enfin, il n’y a jamais eu de grandes réunions de famille – il s’entendait très bien petit avec le sien en tout cas Sa vraie famille était son groupe du Conservatoire (Jean-Pierre Marielle, Jean-Paul Belmondo, ou encore Philippe Noiret, ndlr) Mais il ne voulait pas imposer cela à ses enfants Nous sommes donc restés entre nous, à la campagne, puis à Paris, où il s’est installé quand j’avais 17 ans A la campagne, on faisait du sport, on lisait, on s’occupait des chevaux bien sûr Une fois en ville, on allait beaucoup au théâtre et au cinéma Il voulait absolument qu’on soit cultivé L’important pour lui n’était pas forcément de faire ses devoirs, mais d’acquérir une certaine ouverture d’esprit

Ton père a même réussi à conquérir Sa Majesté VSR – Je ne suis pas né quand ils se sont rencontrés, mais il m’a dit qu’il avait été invité à dîner à l’Élysée, sous Giscard d’Estaing, et attendait un cocktail d’une centaine de personnes Il a parlé à un majordome à l’entrée du palais présidentiel pour demander qui était invité à la fête Ce dernier l’informa qu’ils auraient huit ans, et que Sa Majesté serait présente Mon père ne parlait pas anglais, et n’était pas du tout au courant Heureusement, Elizabeth II parlait Français très bien, et ils avaient une passion commune pour les chevaux Ils ont bavardé tout au long du dîner et se sont très bien entendus

Clémence Rochefort évoque les liens tissés avec son père Jean dans son livre « Papa », paru le 24 septembre

Dans votre livre, vous évoquez tour à tour Jean-Paul Belmondo, Bernadette Chirac, ou encore le Hallyday… À quoi ça ressemble de grandir dans un monde où gravitent tant de célébrités? R- Comme mon père et ma mère nous ont éduqués très simplement, J’ai toujours été impressionné quand nous rencontrions des célébrités C’est ce qui m’a sauvé: je n’ai jamais été blasé Mon père nous a élevés dans la modestie De plus, dans le livre, je voulais souligner son humilité Surtout à notre époque, quand les gens pensent qu’écraser les autres dans l’ordre réussir est le chemin le plus facile Il a réussi comme ça, un peu par hasard, notamment grâce à ses amis du Conservatoire Sans ce gang, il aurait pu rester dans son coin Même célèbre il n’a jamais su ce qu’il représentait Voilà pourquoi les gens aimaient lui tellement

Quel est votre plus beau souvenir de votre père?
VSR- Mes plus beaux souvenirs, ce sont les derniers Nous nous sommes dit beaucoup de choses je me souviens surtout des moments simples, quand je suis allé déjeuner avec lui, ou quand nous sommes allés au théâtre Je me souviens être allé voir Depardieu qui chantait Barbara au théâtre des Bouffes du Nord C’était vraiment magnifique

Quel est le meilleur conseil que votre père vous a donné?
VSR – Il m’a dit de me déprécier Je pense que vous devez toujours l’utiliser dans une vie qui peut être éprouvante Rire de situations absurdes ou tristes m’a beaucoup aidé

Quel est le film de ton père préféré?
VSR- J’aime beaucoup Tandem (1987), de Patrice Leconte avec Gérard Jugnot je trouve mon père vraiment surprenant dans ce film, il a une personnalité que je ne lui ai jamais vue les films de Philippe de Broca, comme Le Diable par la queue (1969 ) et Cartouche (1962), sont également très belles Ce sont des objets d’art intemporels Ce qui m’a surtout paru étrange dans ces longs métrages, c’est de voir mon jeune père Quand je le vois jouer dans un film à 40 ou 50 ans, quand il m’a eu à 62 ans, ça me semble très abstrait J’essaye de savoir qui il était alors

Tu lui as dit que toi aussi tu voulais devenir actrice. Comment a-t-il réagi?
VSR- Pendant très longtemps, je n’ai pas osé lui avouer C’est pour ça que j’ai fait du journalisme je voulais avoir un bagage, car depuis que j’étais petite, j’ai entendu les avertissements de mon père: « Surtout ne fais pas ce métier c’est terrible pour les femmes La caméra n’aime pas les voir vieillir »C’est toujours d’actualité, évidemment je n’avais pas prévu de lui dire tout de suite que je voulais devenir actrice C’est arrivé par hasard j’étais à l’école de journalisme et il avait besoin d’une jeune fille pour apparaît dans un court métrage Il m’a fait jouer une scène et m’a dit: « Si tu veux faire ce boulot, vas-y » Je lui ai dit que cette idée était enfouie en moi depuis longtemps Il y croyait Comme il disait ça à très peu de monde, je me suis permis de franchir le pas

Vous avez participé à plusieurs reprises au bal des débutantes Comment avez-vous réussi à convaincre votre père, qui détestait les événements sociaux, de vous accompagner?
VSR- J’avais reçu une invitation par mail que je n’avais pas besoin de convaincre, il m’a dit qu’il viendrait me faire plaisir Il a quand même appelé Edouard Baer pour l’accompagner, et il a failli annuler au dernier moment (Rires)

Le mariage de vos parents a duré trente-trois ans, et votre père vous a parfois donné les secrets de cette longévité Comment décririez-vous le couple formé par Françoise et Jean Rochefort?
VSR- Ils cultivaient une très grande indépendance à tous points de vue, et ils se respectaient beaucoup Ils étaient très différents mais se complétaient Mon père était impropre à la vie quotidienne Ma mère était tout le contraire Mon père aimait la fiction, ce qui n’intéressait pas ma mère Mon père pouvait être très drôle, mais il avait aussi un côté mélancolique Ma mère était toujours très gaie et optimiste Ils m’ont appris qu’une relation peut fonctionner, malgré des antécédents et des différences d’âge complètement différents Mon père a dit qu’il ne fallait pas être trop prudent dans la vie, que quand on s’aimait, il fallait commencer

Cela a-t-il eu un impact sur votre vie amoureuse à l’ère des applications de rencontres et des relations éphémères?
VSR- Je pense que ça met la barre haute, une rencontre comme celle de mes parents, si incongrue, si spéciale j’essaye de ne pas y penser car c’est dur de comparer quelqu’un à leur père Il m’a dit de trouver quelqu’un dans le cadre de mon travail, avec qui j’aurais des passions communes Mes parents avaient un projet commun: construire des écuries et démarrer un élevage de chevaux

Votre père était un acteur à la personnalité et à la garde-robe hautes en couleurs. Vous a-t-il transmis son extravagance?
VSR- Pas vraiment Ma sœur et moi voulions plutôt passer inaperçue! Mon père avait un style très classique quand il était plus jeune Je pense que c’était vieillir qui lui faisait porter la couleur Il voyait son corps vieillir et il le vivait très mal Quand le corps commence à faire mal, c’était sa façon de rester jeune malgré tout

Votre père a connu plusieurs dépressions nerveuses, notamment après le tournage inachevé de L’Homme qui a tué Don Quichotte, de Terry Gilliam Avez-vous pu le soutenir pendant ces épisodes éprouvants? R- Il était inquiet que nous soyons si jeunes pendant nos dépressions Il en connaissait d’autres quand j’étais adolescent, vers 17-18 ans je pense que je lui ai donné un peu de soutien à l’époque ça enlève un peu d’insouciance, mais, en même temps, on grandit plus vite C’était des dépressions de surmenage, pas de son tempérament Alors parfois le corps lâché Les manifestations visibles de sa vieillesse ne le dérangeaient pas tant Ce qu’il a très mal vécu c’est que son corps commençait à s’user On en parlait ensemble Et puis ça continue d’avoir de jeunes enfants quand on est plus vieux On veut tenir le plus longtemps possible

Après la mort de votre père le 9 octobre 2017, les nombreuses expressions d’affection et le soutien indéfectible de vos amis ont laissé place à une certaine solitude Comment avez-vous vécu les différentes étapes du deuil?
VSR- Nous comprenons très bien ces étapes, et nous les attendons Nous savons que cette excitation après les funérailles ne va pas durer La différence entre les deux étapes est toujours troublante, mais il faut s’entourer de bons amis Ce qui était spécial c’était que c’était quelqu’un de célèbre. Tout le monde était au courant de sa mort Nous avons reçu une rafale de messages, et pas par dose homéopathique Ca fait partie du jeu Mon père plaisantait parfois en me disant: « Tu changes ton nom, si tu ne prends pas tout » Quand on aime les gens qui nous entourent, on accepte tout, même leur nom et leur notoriété Il savait très bien que je ne changerais pas de nom je ne pouvais qu’être fier de lui

Les hommages ne cessent de pleuvoir sur les réseaux sociaux, notamment via le compte Twitter humoristique d’Etienne Dorsay Les voyez-vous comme un moyen de préserver la mémoire de votre père?
VSR- Quand quelqu’un que vous aimez meurt, vous ne voulez pas que les gens l’oublient C’est aussi pourquoi j’ai voulu écrire Pour ne pas oublier La vie est si rapide, j’avais besoin de prendre le temps de dire qui il était Cela me fait, de Bien sûr, très heureux de voir ces expressions d’affection sur les réseaux sociaux J’ai aussi vu des photos de mon père laissées dans la rue, devant la porte de son immeuble Il y avait des hommages sur les murs du 10e arrondissement, des graffeurs qui créaient des œuvres hallucinantes, c’était très touchant De nombreux admirateurs m’offrent encore des tableaux, ou contactez-moi sur Instagram

Dans votre livre, vous dites que vous parlez parfois à votre père décédé. Que lui confiez-vous?
VSR- Je lui parle, oui, quand ça ne va pas trop bien je me pose toujours la question de sa présence Quand quelqu’un n’est plus là, on espère qu’ils le sont encore Alors je lui parle souvent à l’intérieur

Clémence Rochefort, Jean Rochefort

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SOURCE: https://www.w24news.com/news/world-news-fr-clmence-rochefort-mes-plus-beaux-souvenirs-avec-mon-pre-sont-les-derniers/?remotepost=328386

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