World news – Les manifestations augmentent-elles les risques de Covid? Ce que dit la science

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SCIENCE – Après le confinement et les vacances, les syndicats CGT, Solidaires et Sud appellent ce jeudi 17 septembre à une journée de grève et de manifestations partout en France. La grève ne devrait pas, au vu des prévisions quasi normales, être très suivie. Reste aussi à savoir si, avec le contexte épidémique actuel, il y aura beaucoup de monde dans les rues.

Car depuis le milieu de l’été, le coronavirus circule de plus en plus activement sur le territoire. Pour s’en prémunir, il est clair que l’une de nos meilleures armes face au Sars-Cov2 est la fameuse distanciation physique. Le coronavirus se transmettant de proche en proche, limiter ses contacts permet de limiter la contagion.

Il n’est donc pas illogique de se demander si les manifestations risquent-ils de multiplier le nombre de cas? Impossible de prédire l’avenir bien sûr, surtout que la manière dont le coronavirus se propage est encore pleine de mystères. Mais depuis neuf mois, différentes études et preuves commencent à s’accumuler. Et par rapport au risque de propagation du Covid-19 lors des manifestations, il y a des éléments positifs et d’autres négatifs.

Le premier facteur, c’est le nombre de personnes. Si un cas infecté rencontre 5 ou 100 personnes, le risque de transmission n’est évidemment pas le même. En moyenne, et sans mesures de protection particulières, un malade contamine environ 3 personnes.

Les études sont variables sur le sujet, mais surtout, cette moyenne cache de nombreux écarts, comme nous le rappelions dans cet article consacré aux clusters de coronavirus en France. De plus en plus de publications scientifiques montrent que la majorité (80%) des infections provient d’une minorité (entre 10 et 20% selon les différentes estimations) de personnes contagieuses.

Ces ”épisodes de super contamination” peuvent être en partie dus à des différences biologiques (le virus est plus actif à certains moments chez certaines personnes), mais sont surtout liés aux circonstances et conditions particulières. “Il peut y avoir des gens plus transmetteurs, mais c’est surtout la nature, le temps et le nombre de contacts qui va avoir un effet”, nous expliquait Jean-Claude Manuguerra, responsable de la Cellule d’Intervention Biologique d’Urgence à l’Institut Pasteur.

La question est donc de savoir si de tels épisodes peuvent avoir lieu lors d’une manifestation. Impossible à dire avec certitude, mais le comportement du coronavirus nous donne quelques éclairages sur les inconvénients et avantages de ces mobilisations vis-à-vis de la propagation de la maladie.

Il semble assez logique de se dire qu’une réunion importante de personnes est un terrain avantageux pour une maladie respiratoire infectieuse. Une étude de 2007 a analysé par exemple l’impact d’une parade en septembre 1918 à Philadelphie, alors que la grippe pandémique frappe les États-Unis. La différence dans la courbe épidémique du virus par rapport à la ville de Saint Louis, qui a annulé sa parade, est assez notable.

Pour autant, ce défilé n’est pas la seule chose qui différencie les deux villes: de nombreuses mesures ont été mises en place bien plus rapidement à Saint Louis qu’à Philadelphie.

En 2011, des chercheurs ont fait une analyse des différentes études réalisées autour du risque épidémique des grands rassemblements par rapport à la grippe. Ils ont trouvé des preuves que certains types de rassemblements peuvent augmenter le risque de transmission du virus, mais qu’il est impossible de savoir si la simple interdiction de ces regroupements est une mesure efficace à elle seule. Surtout, ils rappelaient que plusieurs éléments comme la durée de ces événements et leur localisation (intérieur ou extérieur) pouvaient avoir un impact important.

Pour rajouter à la complexité, le coronavirus n’est pas la grippe. Pour autant, il semble que les rassemblements augmentent les risques de propagation du Covid-19: le virologue Trevor Bedford rappelle ainsi sur Twitter qu’une étude (non revue par des pairs) mise en ligne le 2 juin montre que la participation à plusieurs carnavals dans une ville allemande a multiplié par deux le risque d’infection. Pour autant, ces nombreuses festivités avaient parfois lieu en intérieur. Ce qui a un impact important sur le coronavirus.

En effet, les preuves expliquant que le coronavirus Sars-Cov2 se propage plus efficacement en intérieur qu’en extérieur sont très nombreuses (plus de détails ici). L’écrasante majorité des clusters découverts dans le monde entier sont liés à des regroupements dans des espaces clos, avec un air peu renouvelé, non filtré et brassé.

Logique: le virus semble se transmettre principalement par les gouttelettes expulsées par un malade, mais également par les surfaces contaminées et, probablement, en partie via les aérosols (l’air expulsé par un individu).

Au vu de toutes ces conditions, mieux vaut donc être à l’extérieur, où la circulation de l’air a logiquement plus de chance de disperser les particules de virus et réduire la concentration. On sait également que “les rayons UV ne sont pas très bons pour les virus, donc la lumière du soleil peut avoir un rôle”, selon Jean-Claude Manuguerra.

Si ces éléments sont plutôt rassurants, il ne faut pas oublier que des rassemblements très denses augmentent certainement les risques. C’est justement ce qu’ont craint les épidémiologistes lors des manifestations contre le racisme et les violences policières qui ont eu lieu en juin aux États-Unis.

“Oui, les manifestations sont à l’extérieur, mais les personnes sont toutes très proches les unes des autres, et dans ces cas-là, être à l’extérieur ne vous protège pas autant”, affirmait alors au New York Times Howard Markel, historien médical. Autre problème: le fait de crier des slogans, logiquement, entraîne plus de projection de particules virales. Bref, la question est complexe et non tranchée.

C’est pour cela que de nombreux chercheurs encouraient sur les réseaux sociaux les participants aux manifestations à quelques gestes barrière adaptés. Dans une lettre ouverte, plus de 1000 spécialistes en maladies infectieuses et santé publique, tout en appelant à soutenir les manifestations contre le racisme, proposaient des gestes simples:

Ils appelaient aussi à réduire les arrestations (qui entraînent des contacts prolongés dans des lieux confinés) et l’usage des gaz lacrymogènes. En effet, comme le précise la radio NPR, ces moyens de dissuasion policiers controversés pourraient augmenter les risques de propagation du coronavirus: à la fois, car il entraîne plus de toux, pleurs et respirations (donc plus de projections du virus), mais également, car il diminue les résistances aux maladies respiratoires, selon une étude de 2014.

Un dernier point d’inquiétude: le fait que le virus peut être propagé par une personne infectée, mais non contagieuse. Si les données scientifiques sont encore peu claires sur le nombre d’asymptomatiques et sur le nombre de particules virales contenues dans leurs gouttelettes, il y a un élément qui est maintenant très clair: le pic de contagiosité se situe au tout début de la maladie.

On est donc très contagieux au moment où les symptômes apparaissent et, souvent, quelques heures ou jours avant. Le risque, donc, c’est que des personnes se croyant en bonne santé se rendent à une manifestation et en contaminent d’autres, et ainsi de suite.

Malgré le recul, il est très difficile de savoir si des contaminations ont eu lieu lors des manifestations aux États-Unis. Si le pays a connu un regain épidémique vers la fin du mois de juin, il est surtout lié à la levée trop rapide des mesures prises en mai par le gouvernement de Donald Trump et différents Etats, estiment la plupart des épidémiologistes interrogés par le Washington Post.

Il y a bien quelques données: en Caroline du Sud, les manifestations ont été suspendues par les organisateurs après la découverte de 13 cas positifs parmi les participants d’un rassemblement antérieur. Mais impossible de savoir s’ils ont été contaminés pendant la manifestation. À côté de cela, à Minneapolis, où George Floyd a été tué et où le mouvement a débuté, le nombre de cas de coronavirus a baissé pendant toute la période. Plus intéressant: si 1,7% des personnes testées dans la ville étaient positives, moins de 1% de celles déclarant avoir manifesté l’étaient. À Seattle, sur 1000 cas positifs, seuls 34 avaient participé à une manifestation, précise le quotidien américain.

Mais l’absence de preuve n’est pas la preuve d’une absence de risque. Un épisode de super contamination reste une possibilité. Mieux vaut donc, quand on va manifester, respecter les gestes barrière autant que possible.

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SOURCE: https://www.w24news.com

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