World news – Marlène Schiappa révèle-t-elle la droitisation du quinquennat?

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POLITIQUE – Le mail a été envoyé le 20 juillet. Il conviait les journalistes au ministère de l’Intérieur, afin de les “briefer” sur “les grands axes du périmètre ministériel” de Marlène Schiappa, fraîchement nommée ministre déléguée à la Citoyenneté. “Si vous avez compris ce qu’elle va y faire, je veux bien que vous m’expliquiez”, doutait alors un marcheur historique, craignant que ce poste aux attributions encore vagues signe définitivement “le retour du ministère de l’identité nationale à la Brice Hortefeux”.

Ce ne ce sont pas les regards interrogatifs de la vingtaine de journalistes présents le lendemain sous les dorures du salon Erignac qui auraient pu être de nature à le rassurer. À sa décharge, l’installation de l’ex-secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes sous la tutelle de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur accusé de viol, avait dérouté plus d’un observateur. Ce même parlementaire de premier plan jugeait d’ailleurs l’attelage “incohérent”. 

Certains au sein de son camp ont bien un temps espéré que Marlène Schiappa apporte un rééquilibrage salutaire auprès d’un “premier flic de France” venu de la droite sarkozyste, accusé de surjouer l’hyperactivité de son mentor et de souffler sur les braises de la surenchère sécuritaire. Las, ils ont vite déchanté.

Gérald Darmanin froisse la majorité et divise jusqu’au gouvernement en adoptant le mot “ensauvagement”, imposé dans le discours politique par l’extrême droite. Marlène Schiappa “assume l’utilisation du terme” et trouve même que son ministre de tutelle a “tout à fait raison” de l’utiliser. “C’est l’illustration parfaite de sa dérive droitière. On ne pensait pas qu’elle se raidisse à ce point. On souhaitait qu’elle contrebalance le discours de Gérald Darmanin, et finalement on voit qu’elle marche dans ses pas”, se désole une députée macroniste, regrettant de voir Marlène Schiappa “se jeter sur les faits-divers polémiques sans attendre d’en savoir plus”.

Une allusion à la passe d’armes entre la ministre et le député ex-LREM Aurélien Taché à propos de l’ado d’origine bosnienne tondue et molestée par ses parents en raison de sa relation avec un garçon d’origine serbe à Besançon. Un dossier où le motif religieux, immédiatement mis en évidence par l’Intérieur, est finalement “moins prégnant qu’il n’y paraît” selon le procureur de la République. Peu importe pour Marlène Schiappa, l’affaire imposait une réaction rapide de Beauvau et révélait au passage l’existence d’une “gauche identitaire” qui “porte en elle une culture de l’excuse”. Une gauche dont le député du Val d’Oise, au motif de s’inquiéter de la “haine antimusulmane” que la politisation du fait-divers pouvait nourrir, serait le représentant. 

“Je n’ai jamais défendu la famille! Je disais qu’il fallait que la justice passe sur ces faits atroces, et qu’il ne fallait pas en faire un dossier migratoire ou religieux. Prendre de la hauteur, c’est ce qu’on peut attendre d’une grande nation comme la nôtre”, explique aujourd’hui Aurélien Taché, dénonçant un “raidissement idéologique” chez Marlène Schiappa qui, en plus de dévisser à droite, “adopte un ton populiste, une rhétorique de l’instinct, opposée à celle de la raison, comme le ferait Donald Trump”. 

Alors que l’exécutif assume un tournant dit “régalien” lorgnant sans complexe sur la droite identitaire, Marlène Schiappa, qui préférait “perdre une élection plutôt que [ses] valeurs” au moment où une alliance avec Rachida Dati bruissait dans Paris, aurait-elle retourné sa veste pour accompagner le virage négocié par Emmanuel Macron? Au Mans, où elle a commencé sa carrière politique en 2014, plusieurs de ses anciennes fréquentations -de gauche donc- jugent, sévèrement la trajectoire de “Marlène”. Sous couvert d’anonymat, un responsable local pointe “une inflexion évidente par rapport à l’islam”, condition sine qua non d’une adaptation “au marketing sécuritaire du gouvernement”.  

Une autre de ses anciennes connaissances, refusant également d’être citée, est encore plus critique. “On aurait pu prévoir qu’elle se retrouve un jour dans cette situation parce qu’elle n’a pas de convictions, hormis la laïcité et la cause féministe. Mais en bonne opportuniste, elle est capable de les mettre de côté ou de les faire évoluer au gré des besoins pour progresser. Il n’y qu’à voir comment, après des années à lutter contre les violences faites aux femmes, elle dû se retrouver à blanchir Darmanin, dont l’histoire reste louche”, enfonce-t-elle.  

Une inconstance qui serait donc au service de ses appétits carriéristes que conteste l’entourage de la ministre. “Elle n’a jamais changé. Elle vient de la gauche républicaine. Celle de Chevènement, de Valls, de Cazeneuve. Elle a écrit deux bouquins sur la laïcité”, démine son équipe, répétant des arguments livrés dans des termes similaires à Libération quelques jours plus tôt. “Depuis qu’elle est à l’Intérieur, elle est perçue différemment. Mais il n’y a rien de nouveau dans ses prises de positions récentes”, poursuit-t-on de même source. 

Très sourcilleux sur l’image de leur ministre dans les médias, les conseillers de la ministre n’hésitent pas à nous faire remonter un exemple qui montrerait sa constance. Le 15 septembre, Marlène Schiappa signait une circulaire facilitant l’accès à la nationalité française pour les travailleurs étrangers en première ligne pendant le confinement. Dans un alignement complet avec le discours de son entourage, un ex-directeur de cabinet de Marlène Schiappa abonde. “Je vois une constante dans son parcours. Depuis le début de sa carrière, elle promeut l’engagement citoyen et affiche des positions claires sur la laïcité”, assure cet ancien “dircab” au secrétariat à l’égalité entre les femmes et les hommes. Et d’ajouter: “elle a toujours été clivante car elle est courageuse. Mais c’est le propre des politiques qui vont sur des sujets sensibles et qui s’y investissent à fond”. 

Même analyse du côté de Matignon. “Elle n’a pas varié. Elle n’a pas changé de convictions. Elle habite la fonction dans laquelle elle est aujourd’hui. C’est la droite ligne de ce qu’elle a fait auparavant et cela s’inscrit dans le dépassement de la droite et de la gauche voulu par le Président de la République, et qu’elle a toujours porté”, observe-t-on dans l’entourage de Jean Castex. Reste que ses détracteurs n’en démordent pas, observant une sorte d’indignation à géométrie variable chez la ministre déléguée à la Citoyenneté.

“Elle qui a commenté des faits-divers tout l’été, elle est bizarrement restée silencieuse après qu’une étudiante a dû fermer son compte Twitter à la suite d’un harcèlement qui a suivi le tweet islamophobe d’une journaliste du Figaro. Une journaliste qui a reçu le soutien de Gérald Darmain par ailleurs”, grince un autre parlementaire LREM qui tient lui aussi -décidément- à garder l’anonymat. La polémique a d’ailleurs divisé la majorité, comme le révélait Libération le 14 septembre. 

Des critiques que les proches de Marlène Schiappa jugent marginales. “La majorité la soutient largement. Tous les bruits qui circulent, ce sont des offs que j’ai toujours entendus. Mais publiquement, personne ne la conteste au sein de la majorité. Au contraire”, persiste l’un de ses collaborateurs. “Elle a failli se faire virer lors du précédent remaniement, elle crispe beaucoup Macron”, nuancent deux sources proches de l’Élysée.

“Si le président de la République l’a voulue à ce poste, c’est justement pour incarner un féminisme de combat et une ligne claire sur la laïcité”, renchérit-on à son cabinet, laissant entendre que la ministre pourrait maintenir une ligne complémentaire à celle du ministre de l’Intérieur.

“Si elle a été nommée là, c’est pour contrebalancer Gérald Darmanin: une femme, un homme, une féministe, un mec accusé…”, confirme, mais sans pincette, une source gouvernementale, considérant que les positions qui ont heurté la majorité “font partie de son nouveau job”. De nouvelles fonctions -régaliennes donc- qu’elle aurait eu à cœur d’appliquer sans trembler, au risque d’en faire trop. “Elle est très talentueuse, mais son principal problème c’est qu’elle fait du zèle. C’est ce qui lui permet d’opérer une mue sans état d’âme et ça interroge forcément sur ses convictions”, tacle Aurélien Taché. 

Retour au Mans, où l’une de ses anciennes connaissances sarthoises résume ainsi le tableau. “C’est la première des macronistes. Donc si ça barre à droite à la tête de l’exécutif, elle barre à droite. Au final, ce n’est pas Marlène qui a changé par rapport à 2017, c’est Macron, qui était accusé au début de manquer de fermeté sur la laïcité et la sécurité. Elle ne fait que suivre le mouvement”.  

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SOURCE: https://www.w24news.com

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