« Yoga », une descente aux enfers, un récit captivant, peut-être le meilleur livre d’Emmanuel Carrère

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    Le nouveau livre d’Emmanuel Carrère, arrive en librairie ce jeudi, après de multiples changements de date de son éditeur et déjà il écrase la rentrée littéraire. L’auteur y évoque sa pratique assidue de la méditation, mais aussi la dépression sévère qui l’a conduit quatre mois durant en hôpital psychiatrique.

    Ce devait être « un petit livre souriant et subtil sur le yoga », annonce d’emblée Emmanuel Carrère, avec le sens de l’auto-ironie qu’il adopte assez facilement lorsqu’il parle de lui. On est en janvier 2015. Il prend un train, destination le Morvan, pour un stage de méditation hard core : dix heures par jours, pendant dix jours, vissé à un zafu (le coussin sur lequel s’assoient les pratiquants), à se concentrer sur la sensation de l’air qui passe par ses narines.

    Pas de téléphone portable, pas de livre, pas d’ordinateur. On s’astreint au silence, seul face à soi-même. 

    Justement, Emmanuel Carrère est à un moment de sa vie où il croit être venu à bout de ses démons : les pulsions autodestructrices de Un Roman russe sont derrière lui. La crise spirituelle du Royaume aussi. Ses livres ont du succès. Depuis dix ans, il est heureux en amour. « Je me voyais à ce moment-là, peut-être pas comme un homme calme, apaisé et serein, pas tout à fait, pas encore, mais au moins comme un homme qui n’était plus pathétiquement névrosé. »

    Sauf qu’à la faveur d’une liaison adultère avec une mystérieuse « femme aux Gémeaux », le voilà qui replonge dans son enfer, et avec quelle violence ! « Pour ma part, j’ai été très épargné par le malheur ordinaire : pas de grand deuil encore, pas de problèmes de santé ni d’argent, des enfants qui font leur chemin, et j’ai le rare privilège de faire un métier que j’aime. Pour ce qui est du malheur névrotique, par contre, je ne crains personne. 

    « Sans me vanter, je suis exceptionnellement doué pour faire d’une vie qui aurait tout pour être heureuse, un véritable enfer. Et je ne laisserai personne parler de cet enfer à la légère : il est réel, terriblement réel. »

    On le voit, en effet, à la lecture des pages qui relatent son séjour en hôpital psychiatrique : électrochocs, injections de kétamine, pulsions suicidaires. Un concentré de souffrance humaine qui nous rend l’auteur de D’autres vies que la mienne infiniment proche. 

    Il est diagnostiqué « bipolaire de type 2 » et se voit prescrire un traitement au lithium, sans doute pour le reste de sa vie. Lui, l’écrivain célébré, n’hésite pas à aborder le sujet tabou de la maladie mentale. C’est le contrat passé avec le lecteur, explique-t-il dans un entretien accordé au magazine Le Point : « C’est peut-être très prétentieux, mais je pense que cela lui fait du bien : il se dit ‘je ne suis pas seul’. » Et dans L’Obs : « J’ai tendance à penser qu’on fait toujours œuvre utile et bienfaisante en faisant état de sa propre misère, parce que nous avons tous en commun d’être absolument misérables. »

    Même si dans Yoga, contrairement à Un roman russe ou D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère confesse avoir dû « dénaturer un peu, transposer un peu, gommer un peu » pour ne pas exposer l’intimité de proches, la littérature est plus que jamais pour lui « le lieu où on ne ment pas ». 

    Un lieu qui n’est pas réservé qu’aux ombres et à la noirceur. On lira dans Yoga de belles pages sur Paul Otchakovsky-Laurens, son éditeur pendant trente-cinq ans, tué dans un accident de voiture en janvier 2018 (ce livre est le premier d’Emmanuel Carrère qu’il ne lira pas). Et des pages lumineuses sur les jeunes réfugiés afghans à qui il consacre du temps sur une île grecque, dans un ancien hôpital psychiatrique ( !) transformé en centre d’accueil. Malgré tout, « je continue à ne pas mourir », écrit Carrère. « Je suis heureux d’être pleinement vivant ». Ce sont les derniers mots de Yoga. 

    > Emmanuel Carrère sera l’invité de la matinale de France Inter le 2 septembre 2020.  



    SOURCE: https://www.w24news.com

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